Elisée Reclus et George Orwell…

EliseeReclusNadarExtrait de Wikipédia :

« Élisée Reclus, de son nom complet Jacques Élisée Reclus, né à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde) le  et mort à Torhout en Belgique le , est un géographe libertaire et militant anarchiste français….

…Citoyen du monde avant l’heure, précurseur de la géographie sociale, de la géopolitique, de la géohistoire et de l’écologie, ses ouvrages majeurs sont La Terre en 2 volumes, sa Géographie universelle en 19 volumesL’Homme et la Terre en 6 volumes, ainsi que Histoire d’un ruisseau et Histoire d’une montagne. Mais ce penseur qui vit de sa plume aura également publié environ 200 articles géographiques, 40 articles sur des thèmes divers, et 80 articles politiques dans des périodiques anarchistes….  »

Pour se faire une idée de cet homme, de la force de sa pensée et de ses écrits, lisez cet article qu’il écrivit en 1866 dans « La revue des deux mondes » Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes en le téléchargeant ici
Ce texte écrit il y a 150 ans prévoit ce que l’industrialisation de l’agriculture, l’exode rural, les transports modernes, la publicité, l’urbanisme pavillonnaire, les concentration des industries, le tourisme…. allaient faire de notre planète et de la nature des hommes…..

Quelques lignes :
La question de savoir ce qui dans l’oeuvre de l’homme sert à embellir ou bien contribue à dégrader la nature extérieure peut sembler futile à des esprits  soi-disant positifs : elle n’en a pas moins une importance de premier ordre. Les développements de l’humanité se lient de la manière la plus intime avec la nature environnante. Une harmonie secrète s’établit entre la terre et les peuples qu’elle nourrit, et quand les sociétés imprudentes se permettent de porter la main sur ce qui fait la beauté de leur domaine, elles finissent toujours par s’en repentir. Là où le sol s’est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, les esprits s’appauvrissent, la routine et la servilité s’emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort. Parmi les causes qui dans l’histoire de l’humanité ont déjà fait disparaître tant de civilisations successives, il faudrait compter en première ligne la brutale violence avec laquelle la plupart des nations traitaient la terre nourricière. Ils abattaient les forêts, laissaient tarir les sources et déborder les fleuves, détérioraient les climats, entouraient les cités de zones marécageuses et pestilentielles ; puis, quand la nature, profanée par eux, leur était devenue hostile, ils la prenaient en haine, et, ne pouvant se retremper comme le sauvage dans la vie des forêts, ils se laissaient de plus en plus abrutir par le despotisme des prêtres et des rois.

Microsoft Word - sentiment_nature_soc_mod.doc

George_Orwell_press_photoGeorge Orwell (1903 -1950) est né en Inde deux ans avant la mort d’Elisée Reclus, dans une famille de la bourgeoisie anglaise. Journaliste, écrivain, militant socialiste révolutionnaire et pacifiste, il est plus connu, car il exprimait aussi ses pensées et réflexions sous forme de romans, dont plusieurs devinrent culte (dont La ferme des animaux, 1984…)
1984, écrit en 1946, a permis à plusieurs générations de lecteurs du monde entier de réfléchir au totalitarisme et au progrès (et peut être de s’engager).

Les lecteurs français découvrent aujourd’hui cette oeuvre exceptionnelle dans une traduction nouvelle, plus fidèle à l’esprit original selon certains, plus accessibles aux jeunes générations selon d’autres, et en tous cas une occasion de relire et re-réflechir (et de se re-engager ?)

1984  Georges Orwell , traduction de Josée Kahoun,
éditions Gallimard 370 pages  21 euros

81MpFurNEFL

 

 

Publicités

Vu de l’An demain : épisode 3

Vu de L’An Demain :
quelques observations sur le livre,
Narbonne, la planète et l’humanité

Lorsque j’ai créé à Narbonne , il y a cinq ans, la librairie L’An Demain, librairie spécialisée dans le domaine de l’écologie, je ne connaissais presque rien de Narbonne et de la vie d’une ville moyenne, je savais très peu sur le métier de libraire, et je croyais savoir beaucoup dans le domaine de l’écologie, résultat de 35 années dévolues à ces sujets après des études d’agronomie, une vie de paysan et de militant, des engagements écologistes en France et en Europe.

Aujourd’hui, au moment où la librairie va devoir fermer, je souhaite par ce texte écrit à la première personne rendre au public tout ce que m’a apporté l’expérience, vue de mon poste d’observation.

Car je ne pensais pas, accroché à mon siège de la librairie comme un arapède sur son rocher, me retrouver à un poste d’observation adéquat pour regarder notre monde et en peut être au delà du rôle de témoin, contribuer à la recherche de solutions…

Trois grandes têtes de chapitre pour présenter mon propos feront l’objet d’une publication en « feuilleton », puis d’une publication complète sous forme de petit livre plus documenté… peut-être !

La fin des librairies indépendantes et le déclin du livre
La mort des centre-villes et les dégâts de l’étalement urbain
La destruction de la biosphère mène-t-elle à la fin de l’humanité ?

ÉPISODE 3
La destruction de la biosphère
mène-t-elle à la fin de l’humanité ?

En cinq années, à la librairie l’An Demain, j’ai vu passer une quantité impressionnante de livres ayant pour sujet l’avenir de l’Humanité face à la crise écologique.
J’ai vu et vendu « Demain , un nouveau monde en marche », et puis « Le monde qui émerge, les alternatives qui peuvent tout changer », et bien d’autres livres encore à l’optimisme assumé…
J’ai aussi lu et recommandé « L’événement anthropocène », « Requiem pour l’espèce humaine » ou bien « Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’attention des générations présentes», analyses lucides et érudites du monde d’aujourd’hui.
Et tant d’autres !!

En cinq ans années la crise écologique mondiale s’est aggravée fortement (c’est le propre des courbes exponentielles!). Face aux bouleversements du climat, à la réduction de la biodiversité ou aux pollutions chimiques ou nucléaires, comment croire encore à l’existence d’un « An Demain » pour l’humanité.
Scientifiques, philosophes, écrivains, penseurs de tous horizons ont pris leurs plumes et leurs bâtons de pèlerins.
L’édition, le cinéma, les revues, les blogs sont surchargés d’appels à une prise de conscience : s’il n’est peut être pas trop tard, il est tout juste encore temps d’inverser les courbes.
Reste-t-il un espoir ?

La situation est grave, mais pas désespérée
boite

A côté de la profusion éditoriale de livres sur la crise écologique, j’ai vu, ces dernières années, surgir comme « mode » des vocables qui recyclent et modernisent des idées que les années 70 avaient vu fleurir.


« Permaculture » et « véganisme » sont, par exemple, le symptôme d’une nouvelle prise de conscience qui complète et enrichit les valeur de l’humanisme écologique. Termes bien plus larges que agriculture biologique ou végétarisme (mais aussi sujets à de grandes confusions, voire à des récupérations), ils apportent leur vision systémique et globale.

« Décroissance », mot obus apparu il y a quelques dizaines d’années, a joué un grand rôle dans la prise de conscience de la finitude de notre planète, finitude que l’écologie politique avait mis en avant sans réussir à en éviter la récupération par le système dominant qui inventa les oxymores que sont les expressions « capitalisme vert » et «développement durable ».

Le mouvement des « Villes en Transition », dont l’appellation est tout un programme, conscientise et entraine dans l’action des millions de citoyens, de même que les mouvements SlowFood puis CittaSlow.

Le terme « Anthropocène », maintenant largement accepté et utilisé, est une avancée conceptuelle décisive pour une prise de conscience générale de la responsabilité humaine face à la crise écologique.

Le mot et le concept « low tech » modernisent des réflexions qui, des luddites «destructeurs de machines» du XIXe siècle aux dessins de Reiser dans « La Gueule Ouverte », en passant par les travaux d’innombrables chercheurs et avec les apports d’expérimentations de modes de vie différents aux quatre coins de la planète, font partie du fond commun de l’humanité.

Autant de symptômes qui démontrent que la recherche d’une sortie par le haut est dominante, plutôt que le défaitisme ou le découragement.
Mais, bien sûr, l’avenir n’est pas dans les livres, mais dans des actes décisifs, partagés par les habitants de la planète. Alors, qu’est ce qui coince ?

Le modèle économique dominant n’a pas de solutions à proposer : il est le problème.

metro3
La journaliste Naomi Klein a écrit en 2014 un livre important : « This changes everything, Capitalism vs Climate » (Ceci change tout : le capitalisme contre le climat) qui démontre que notre modèle économique est en guerre contre la vie sur terre.

La traduction française du titre « Tout peut changer, capitalisme et changement climatique » est un quasi contresens.
On mesure ainsi l’ampleur de la tâche  de conviction encore à venir, car de partout on lit, on entend « encore une minute, monsieur le bourreau, on peut changer, on va changer, tout peut changer ! »

L’écologie politique peut sembler en crise en 2018, pour des observateurs extérieurs.
Mon avis est qu’au contraire, partout dans le monde, nous sortons des ambiguïtés nées des origines sociales et occidentales de nombreux penseurs et militants de l’écologie politique : l’écologie est devenue le nouvel humanisme global.

La planète, considérée dans son ensemble comme un bien commun de l’humanité, doit voir sa gestion rendue collective, égalitaire, démocratique, permettant le retour à l’équilibre avec l’arrêt immédiat des destructions et la mise en œuvre des réparations….
Dans ce domaine, l’apport des philosophies venues des peuples dominés, en Amérique du Sud, en Océanie et ailleurs, est extrêmement fertile.

Vaste programme, bien trop grand pour être résumé ici, mais qu’on trouve proposé de mille façons dans des écrits dans toutes les langues de l’humanité….

L’éducation populaire et la démocratie réelle, pour la survie de l’humanité

autor1Puisque ce texte, écrit à la première personne et fruit d’une vie d’engagements, se veut utile et si possible positif, je propose ici quelques pistes pour boucler ce troisième épisode.

Rien n’est possible sans une éducation indépendante et une information libre permettant le débat démocratique. Ces deux piliers du libre arbitre sont en grand danger de disparaître.

        – L’éducation publique, de l’école à l’université, ne peut plus jouer son rôle, concurrencée et anesthésiée par des adversaires plus puissants : la publicité, le marketing, les écrans numériques, le divertissement commercial, le sport spectacle…

      – Les médias, l’édition, l’audiovisuel sont très majoritairement asservis aux puissances financières qui les possèdent ou les contrôlent.

La culture de l’individualisme et le mythe de l’individu libre et tout-puissant ont contaminé une grande partie de l’humanité.
Les smartphones ont conquis la planète (plus de 2,5 milliards!). Au delà des dégâts écologiques et sociaux que leur fabrication et leur développement ont générés, leur usage, s’il a certes apporté des sources nouvelles d’information au plus grand nombre, a aussi instillé le discours dominant à tous et partout.

La démocratie ne fonctionne plus .
L’abstention, qui dépasse 50 % dans de nombreuses démocraties, délégitime les élus ; le lobbyisme tout puissant, et la corruption parfois, les discréditent. L’influence des puissances financières dans les campagnes électorales, sous forme de financement direct, de mainmise sur les médias ou sur les instituts de sondage, dénature le vote . Les traités de libre échange et les abandons de souveraineté des états leurs confisquent les moyens d’agir, sur le quotidien comme sur long terme.
Les institutions déséquilibrées empêchent de prendre en compte les enjeux écologiques et les cycles longs.

Me suis-je éloigné de mon projet initial de regarder le monde depuis le poste d’observation privilégié de ma petite librairie de ma petite ville de Narbonne ?
Je ne crois pas….

Au premier épisode, j’ai tenté de comprendre pourquoi les librairies indépendantes ferment et le goût de la lecture disparaît.

Dans le deuxième épisode, nous avons assisté à l’agonie, voire à la mort, des centres villes, à la disparition des commerces et des artisans indépendants, à la dissolution du lien social dans un urbanisme déshumanisé.

Ce troisième épisode se termine par un constat rude : sans le retour rapide à l’éducation et la culture libre pour tous, sans le rétablissement d’un esprit de solidarité entre les humains et envers la nature, le renouveau démocratique indispensable n’adviendra pas et la pente prise par nos sociétés les mène à leur disparition.

Mais tout au long de ces cinq années, j’ai découvert et rencontré des auteurs, d’hier et d’aujourd’hui, aux analyses époustouflantes. La richesse de la pensée, le foisonnement des initiatives, la curiosité partout grandissante sont de signes formidables que tout est présent pour le renouveau.
Nul ne peut prédire si ce sera après l’effondrement ou si la transition sera maitrisée, nul ne sait si ce sera long ou rapide…


archeologieMais plus personne ne peut l’ignorer : ces dix dernières année ont vu une accélération inédite des périls écologiques et nous sommes face à un choix simple mais dont la mise en œuvre est difficile, et exigeante. La biosphère est un bien commun de l’humanité, et nous devons en reprendre le contrôle citoyen des griffes du système économique qui la détruit pour le profit financier d’une infime minorité.

À tous les niveaux d’organisation des sociétés humaines, dans l’entreprise, dans ville, dans les régions ou les états, c’est un renouveau démocratique complet et une implication citoyenne éduquée qui sont nécessaires.

À ces conditions, le monde va changer demain, et nous retrouverons le goût de la lecture et de la transmission, nous revivrons la convivialité de villes revivifiées et le bonheur du partage, de la solidarité et du vivre ensemble.
Et l’écosystème « Terre » évoluera à nouveau vers un équilibre global, avec toute sa biodiversité, ses capacités de renouvellement… et une juste place pour l’humanité.

Illustrations extraites du DVD « Archéologie du Futur » réalisé en 1995 par Claude Guillemot

Téléchargements PDF : episode1episode2episode3
l’article en entier (3épisodes)

Vu de l’An demain : épisode 2

Vu de L’An Demain :
quelques observations sur le livre,
Narbonne, la planète et l’humanité
Épisode 2

Lorsque j’ai créé à Narbonne, il y a cinq ans, la librairie L’An Demain, librairie spécialisée dans le domaine de l’écologie, je ne connaissais presque rien de Narbonne et de la vie d’une ville moyenne, je savais très peu sur le métier de libraire, et je croyais savoir beaucoup dans le domaine de l’écologie, résultat de 35 années dévolues à ces sujets après des études d’agronomie, une vie de paysan et de militant, des engagements écologistes en France et en Europe.

Aujourd’hui, au moment où la librairie va devoir fermer, je souhaite par ce texte écrit à la première personne rendre au public tout ce que m’a apporté l’expérience, vue de mon poste d’observation.

Car je ne pensais pas, accroché à mon siège de la librairie comme un arapède sur son rocher, me retrouver à un poste d’observation adéquat pour regarder notre monde et en peut être au delà du rôle de témoin, contribuer à la recherche de solutions…

Trois grandes têtes de chapitre pour présenter mon propos feront l’objet d’une publication en « feuilleton », puis d’une publication complète sous forme de petit livre plus documenté… peut-être !

ÉPISODE 1 : La fin des librairies indépendantes et le déclin du livre
ÉPISODE 2 : La mort des centre-villes et les dégâts de l’étalement urbain
ÉPISODE 3 : La destruction de la biosphère mène-t-elle à la fin de l’humanité ?

 

ÉPISODE 2
La mort des centre-villes

Narbonne01Comparons la France vue d’en haut aujourd’hui et il y a 50 ans. Quelle sera la principale différence qui sautera aux yeux si on observe les zones urbaines ?
Sans nul doute, le développement, tel un cancer, des zones périphériques commerciales, industrielles, artisanales et résidentielles avec leurs cortèges de rond points, d’échangeurs, de voies rapides, de hangars… et de panneaux publicitaires !

Toutes les villes sont atteintes, les plus grandes de manière sidérante, souvent de tous côtés et dans des proportions gigantesques, les plus petites à leur façon avec leurs petits ronds points desservant un petit centre commerciale/zone d’activité et d’autres conduisant au lotissement communal équipés de ralentisseurs et d’éclairages publics au design improbable…

Pour paraphraser Jean de la Fontaine, de cette peste, nos villes et nos villages «  n’en mourraient pas tous mais tous étaient frappés »…
Au fait, est on sûr que le péril n’était pas mortel, sont ils encore vivants ou n’en ont ils que l’apparence ? Olivier Razemon titre son livre, paru en 2017 et qu’il présente lors de conférences très suivies partout en France, «Comment la France a tué ses villes ».

Le sujet est devenu à la mode : les élus, depuis les maires jusqu’aux élus de la nation, se sont penchés au chevet des malades et, tels des médecins de Molière, ils rivalisent d’éloquence pour masquer leur impuissance à réanimer le malade, voire inventent des solutions qui l’achèvent !
De mon poste d’observation dans ma librairie à Narbonne, j’ai observé l’étape finale de ce processus que je vais vous conter brièvement ici.
Et peut être à travers ce témoignage contribuer un peu à imaginer des solutions.

Les méfaits de l’étalement urbain

Narbonne02Les effets de l’étalement urbain sont connus depuis très longtemps, mais on semble en découvrir l’ampleur récemment.

– Il est destructeur d’espaces agricoles et naturels : on ne peut plus continuer à ce rythme, sinon il ne restera bientôt plus de terre arable ni de nature sauvage !

– Il impose l’usage de l’automobile au quotidien, ce qui entraîne des coûts pour les utilisateurs et pour les collectivités, une pollution sonore et atmosphérique aux graves conséquences sur la santé et le climat.

– Il détruit les lieux du vivre ensemble (espaces publics, lieux culturels à taille humaine, commerces individuels…) et ne développe que des espaces anonymes et utilitaires (centres commerciaux, hangars commerciaux, multiplexes, chaines de fast food…).

Narbonne a vu tous ces effets plus tardivement que d’autres villes, mais l’accélération y est brutale ; on assiste maintenant à la disparition du désir de fréquenter le centre ville, et une grande partie des la population préfère vivre, acheter, se distraire hors de la ville, ne fréquentant le centre que par obligation, ou à des occasions exceptionnelles.

Une dernière étape est à l’oeuvre : les professions médicales, les banques, certains services publics s’installent en périphérie. L’hôpital privé et même la gare TGV vont s’éloigner de 10 km !
Et on découvre, un matin, cet ubuesque gros titre du journal local qui salue l’ouverture d’un Mac’Do à Montredon et vante en première page la « création » de 40 emplois…

Les zones commerciales tuent le commerce indépendant et détruisent des emplois

Le développement accéléré, quasiment sans freins, de zones commerciales a été dévastateur.
Des études montrent que chaque emploi créé dans ces zones détruit en moyenne près de trois emplois du fait de la fermeture de commerces de proximité ou de leur impossibilité de conserver des salariés.
Les emplois créés sont souvent précaires, à temps partiel subi. Les salariés sont obligés d’utiliser une automobile du fait de l’éloignement et des horaires variables.

Si le centre ville de Narbonne a fait illusion quelques temps, ce fut grâce à l’entêtement de ses commerçants indépendants, à l’attrait touristique de la ville, à la survie de certaines traditions commerciales (les Halles, le marché des Barques…)
La situation s’est « normalisée » en 2017 : plus d’illusions, le taux de vacance commerciale est en forte hausse et les commerces en place voient leurs chiffres d’affaire plonger…

La fréquentation touristique ne remplace pas la vie

Narbonne03Un centre ville historique, agréable et bien mis en scène peut certes apporter une forte fréquentation touristique, ce qui peut permettre le développement de services liés (cafés, restaurants, glaciers…).

Mais cela n’offre que très peu d’aide au commerce de proximité, dont l’existence dépend d’une clientèle vivant et consommant en centre ville, qui elle disparaît.
Narbonne ne connaît pas encore une désertification résidentielle, mais découvre depuis quelques années le phénomène d’exode vers les périphéries des classes sociales les plus aisées.

Dans le domaine de la culture et des loisirs, le centre ville a perdu, comme ailleurs, tous ses cinémas anciens, et le théâtre/cinéma, pourtant scène nationale, est en difficulté faute de trouver un public suffisant. Les lieux de spectacles privés peinent à survivre, et la vie associative, très riche pourtant, ne dispose que de peu de lieux pour se déployer.

Le ré-aménagement des Barques a certes donné un coup de jeune à la ville, et peut être considéré par certains comme une réussite architecturale, mais il n’a pas apporté le souffle de la vie.

L’omniprésence de l’automobile, en action ou illégalement stationnée, dissuade la flânerie, rend dangereuse la circulation a vélo, éloigne les enfants de l’espace public…

Comble de l’ironie, pour attirer des publics qui boudent le centre ville, on organise un salon de l’automobile d’occasion sur les barques en encombrant la seule large zone piétonne offerte aux visiteurs…

Et touche finale : Narbo martius, première fille de Rome, ville dont tout le centre ville a conservé l’organisation spatiale de l’époque romaine, verra des milliers de visiteurs se presser dans le musée de la romanité Narbo Via, implanté près des centres commerciaux, en sortie d’autoroute, dans un bâtiment qu’on viendra voir pour son architecture moderniste. La volonté affichée d’irriguer toute la ville à partir de ce lieu se heurtera aux habitudes consuméristes d’une grande partie des visiteurs.

Peut-on inverser la tendance : revitaliser les centre ville ?

Avec tous ces médecins au chevet du malade, qui suis je pour donner mon avis ?
Un simple citoyen, un observateur curieux. Pourtant il me semble que c’est bien des habitants que viendront des solutions.

Contrairement à beaucoup de villes moyennes qui voient leurs populations stagner ou diminuer, Narbonne gagne près de 1000 habitants tous les ans, et l’agglomération plus encore. Dans ma librairie, j’ai rencontré certains de ces nouveaux habitants, et on s’est reconnus puisque j’en suis ! Et nous avons échangé et réfléchi à nos parcours. Et tiré quelques bilans…

Mais beaucoup d’autres n’ont jamais eu connaissance de l’existence de la librairie L’An Demain, car s’ils ont été séduits par Narbonne, son histoire, son architecture, son climat, sa nature préservée, ses services publics, sa gare et pleins d’autres aspects, depuis leur installation ils fréquentent assidûment Carrefour, Tridome, Gifi ou la Foirfouille, le CGR pour certains et le Théatre pour d’autres, et souvent des petits restaurants à Gruissan ou Narbonne plage… et achètent des livres à Cultura ou sur Amazon !
Et comment pourrait il en être autrement, puisque toute la vie s’est tournée vers ces lieux et ces modes de consommation.

C’est en observant les villes qui ont conservé leurs centres vivants qu’on peut trouver les voies d’avenir pour un renouveau :

– les villes européennes qui ont gardé la vie en centre ville ont toutes régulé drastiquement ou totalement interdit l’implantation d’hypermarchés et de zones commerciales dans leurs périphéries .

– ce sont souvent des villes où l’extension urbaine s’est faite en habitats collectifs autours de quartiers pourvus de services publics et de commerces

– des transports publics et des équipements cyclables permettant de relier les divers quartiers et le centre ville ont été développés

– la mixité sociale y est favorisée

– la vie culturelle y est vivante et soutenue par les collectivités.

Alors oui, si les 1000 personnes qui arrivent à Narbonne chaque année, s’ajoutant à tout ceux déjà arrivés et aux narbonnais qui en rêvent depuis longtemps, trouvent demain les conditions et les équipements qui le permettent, la plupart changeront leur manières de vivre, de se déplacer, de consommer…

Et dans quelques dizaines d’années les urbanistes devront faire assaut d’imagination pour transformer les zones commerciales inutiles en lieux de vie collectifs, en quartiers verts, en équipements culturels…
Et le centre ville de Narbonne retrouvera l’effervescence et le dynamisme qui l’ont caractérisé pendant des siècles…
Des librairies se réinstalleront peut-être alors en centre ville, si on lit encore…

Si l’humanité survit encore à ce moment, dois-je ajouter, car je me suis laissé emporter par un bel optimisme… me voilà revenu à mes questionnements fondamentaux en arrivant au troisième épisode de mon récit qui change d’échelle à nouveau.
Après cinq années à lire et rassembler les livres sur ces sujets, je me pose sérieusement la question : assistons nous à la fin de l’humanité ?

À SUIVRE …

On peut télécharger  en PDF : episode1  episode2

Un siècle d’évolution de Narbonne
Source : https://remonterletemps.ign.fr
Carte de l’état major (1820 – 1860)
Photos aériennes historiques (1950 – 1965)
Photos aériennes actuelles

trio-narbonne

Vu de L’An Demain : épisode 1

Vu de L’An Demain :
quelques observations sur le livre, Narbonne, la planète et l’humanité

 

lib02Lorsque j’ai créé à Narbonne , il y a cinq ans, la librairie L’An Demain, librairie spécialisée dans le domaine de l’écologie, je ne connaissais presque rien de Narbonne et de la vie d’une ville moyenne, je savais très peu sur le métier de libraire, et je croyais savoir beaucoup dans le domaine de l’écologie, résultat de 35 années dévolues à ces sujets après des études d’agronomie, une vie de paysan et de militant, des engagements écologistes en France et en Europe.

Aujourd’hui, au moment où la librairie va devoir fermer, je souhaite par ce texte écrit à la première personne rendre au public tout ce que m’a apporté l’expérience, vue de mon poste d’observation.

Car je ne pensais pas, accroché à mon siège de la librairie comme un arapède sur son rocher, me retrouver à un poste d’observation adéquat pour regarder notre monde et en peut être au delà du rôle de témoin, contribuer à la recherche de solutions…

Trois grandes têtes de chapitre pour présenter mon propos feront l’objet d’une publication en « feuilleton », puis d’une publication complète sous forme de petit livre plus documenté…  peut-être !

La fin des librairies indépendantes et le déclin du livre
La mort des centre-villes et les dégâts de l’étalement urbain
La destruction de la biosphère mène-t-elle à la fin de l’humanité ?

 

Épisode 1 : La fin des librairies indépendantes
et le déclin du livre

Le déclin des livres et de la lecture

lib01Avant d’être moi même libraire, je n’avais pas imaginé l’état d’extrême fragilité de la filière du livre. Mais, au-delà, j’ai observé avec stupeur la disparition de l’envie et du besoin de lire des livres.

Cette remarque n’est pas originale, mais je crois que l’effet sur la société dans son ensemble est grandement sous estimé : la crise de l’édition, de la presse, de la poste sont le résultat d’un changement fondamental : le papier n’est plus la source principale du partage des connaissances entre humains.

Il ne s’agit pas d’une disparition de l’écrit : les montagnes d’e-mail reçues dans nos boites à lettres virtuelles, les SMS et autres messageries instantanées, les avalanches de publications et de commentaires sur les réseaux sociaux, le foisonnement de blogs personnels, les réussites de sites internet dans tous les domaines, sont une preuve éclatante que l’écrit résiste (voire se développe) face à l’image pourtant omniprésente sur nos écrans ou face à la radio toujours vaillante.
Mais est-ce le même écrit ?
Sans même parler de la qualité (littéraire ou seulement grammaticale) des écrits qui remplacent petit à petit nos livres, nos journaux, nos lettres, chacun voit qu’il ne s’agit plus du même mode de pensée. Immédiateté, rapidité, zapping, attention distraite, papillonnage sont devenus la norme : de moins en moins de monde fait l’effort, ou même se sent capable, de lire un livre entièrement, de lire un article de plusieurs pages dans une revue.
Et cela touche tous les domaines de l’écrit : la littérature, les sciences humaines, mais aussi les manuels de cuisine ou de jardinage, les guides touristiques ou les cartes routières et bien sûr aussi les encyclopédies et les dictionnaires.

On observe partout un double perte de quantité et de qualité de contenu, et de capacité d’attention et de mémorisation.
Jusque bien entendu à l’école et l’université, nous avons assisté en quelques dizaines d’années à un recul sidérant de l’usage des livres et de l’apprentissage culturel « classique ». Remplacé par un «autre chose» dont personne ne sait où il mène l’humanité.

Je ne porterai pas de jugement sur cette évolution : des professeurs, des chercheurs, des écrivains ont beaucoup écrit sur ces sujets, dans des livres épais et passionnants ou dans des vidéos sur YouTube… et il en ressort beaucoup de craintes et de questionnements mais aucune certitude.
Je peux affirmer cependant que cette évolution condamne à elle seule les librairies indépendantes, qui pourtant ont bien d’autre causes de fragilité que j’ai découvertes et vais présenter maintenant. Au delà cela met aussi en danger de mort la presse et l’édition.

La fin des librairies indépendantes

lib04.jpg« Vous, les libraires, vous avez de la chance : la loi Lang sur le prix unique du livre, exception française qui est un des seul exemple de résistance de l’état face à l’utralibéralisme, vous protège »

Combien de fois ai-je entendu cette phrase ?
Et accompagnée parfois de ce juste constat que dans les pays anglo-saxons les librairies indépendantes ont quasi-disparu.

Le prix unique du livre, mais aussi des lois et règlements particuliers négociés par la profession sur les relations commerciales entre éditeurs, diffuseurs et librairies, sur l’organisation du transport de livres, sur l’interdiction des soldes. Et tout cela sans résultats apparents, car la librairie est l’activité commerciale où la marge nette est la plus faible, où les salaires sont bas par rapport au niveau de qualification, où la situation financière des entreprises est très fragile, où la transmission des entreprises est quasi impossible.

Pourtant il est facile de voir que la concurrence n’est pas « libre et non faussée » entre Amazon, Carrefour, Auchan, Leclerc, Cultura, la Fnac d’un côté et les libraires indépendants de l’autre.

Amazon et la Fnac peuvent, sur leur site internet, proposer la livraison gratuite (ou 1 centime depuis une nouvelle loi) quand le libraire indépendant doit facturer la livraison au prix du colissimo (plus de 4 euros), prix supérieur à sa marge brute !

Les hypermarchés peuvent attirer les clients avec des montagnes des livres « à la mode » en tête de gondoles, qu’ils commandent par palettes, en payant seulement les exemplaires vendus avec de larges délais de paiement et des marges négociées jusqu’à plus de 50 %, et ne payant ni les frais de retours ni les livres abîmés ou volés !

Le libraire indépendant reçoit ces livres d’office (s’il y souscrit), mais se contente d’une marge d’environ 30 %, paye les frais de livraison et de retour, et a des délais de règlement tels qu’il paye souvent des livres qu’il n’a pas vendus.
Quant au petit libraire indépendant qui refuse le système des offices, qui n’a pas assez de débit pour négocier des contrats avec les distributeurs, il doit souvent se fournir auprès d’un grossiste ou directement auprès des éditeurs et sa marge brute alors oscille entre 10 et 30 % alors qu’il doit payer le transport à fort coût et n’a souvent pas de possibilité de retour des invendus… sans parler des délais de paiement très courts, parfois même avant expédition.

Amazon quant à lui, grâce à sa position dominante, dicte ses conditions aux éditeurs. Évidement très avantageuses pour lui et tenues secrètes…

Vu de loin , la loi Lang a sauvé la librairie indépendante et favorisé l’édition francophone.
Vu de plus près, on verrait certainement que cela a permis des marges et des bénéfices indus pour les grands distributeurs et probablement pour les grands groupes de l’édition, au détriment des petits éditeurs indépendants et de la majorité des auteurs… sans pour autant sauver la librairie indépendante !

Le rôle culturel de la librairie indépendante : rêve ou réalité ?

La survie de la librairie indépendante passe par un développement et une reconnaissance de son rôle social et culturel.

lib05On entend, on lit que c’est par l’organisation de rencontres-débats, ateliers d’écriture, animations diverses que les libraires indépendants sauront se différencier, attirer de nouveaux publics, créer du lien social ….
On assiste à l’éclosion de cafés/librairies ou l’aménagement d’espaces jeux/enfants dans les magasins…
Je me permets ici de jeter un petit pavé dans la mare avec deux remarques à mon avis de bon sens et je tente une analyse un peu plus large.

Oui, un libraire est bien placé, et c’est son rôle, pour être un médiateur culturel voire un militant dans son domaine. J’ai eu de grands bonheurs à organiser des rencontres avec des auteurs, des débats sur des sujets d’actualité.
Mais cette activité n’est généralement « rentable » ni pour le libraire ni pour l’auteur invité, et c’est avant tout un engagement citoyen de l’un et l’autre qui offrent leur temps (et même parfois leur argent en frais et déplacements), car la vente des livres ou la publicité induite sont peu importants.

Si il existe dans certains villages ou quartiers une place pour des cafés-librairies, citoyens et associatifs ou parfois commerciaux, cette « diversification » ne peut être un moyen de survie ou de développement pour la majorité des libraires, débordés par leur travail quotidien qui dépasse souvent le raisonnable.

Il existe une grande confusion, dans le débat public, sur le rôle et le financement de la culture en général et du livre en particulier.
Les bibliothèques et médiathèques, services publics indispensables financés par les impôts, se doivent de participer à la diffusion des livres et de la lecture, favoriser les débats et l’éducation populaire.
L’école est le lieu principal d’apprentissage de la lecture, de la littérature, de la culture.
Les MJC et autres associations d’éducation populaire ont un rôle fondamental pour le lien social et méritent des subventions pour leurs actions.
Dans des centaines d’associations culturelles non subventionnées, des bénévoles agissent dans ces domaines de l’alphabétisation, de la culture…

Faudra-t-il subventionner les librairies indépendantes pour conserver un réseau de distribution de livres neufs permettant de maintenir la diversité de l’offre de livres au-delà des best-sellers mis en avant par la grande distribution, ou au contraire faudra-t-il obliger les grands distributeurs à vendre l’ensemble des livres ?
En l’état actuel de notre société capitaliste, la majorité des librairies indépendantes sont des entreprises commerciales : si elles ne vendent pas assez de livres et/ou si elles n’ont pas assez de marge commerciale, elles ne peuvent survivre ou ne peuvent être transmises.

Il n’y a plus guère de cordonniers dans nos villes et nos villages, les quincailleries de centre ville ont pratiquement disparu.
Il n’est pas inenvisageable que les librairies disparaissent à leur tour.
Est-ce d’abord une question économique, ou bien une question sociétale, d’urbanisme, de mode de vie ?

Depuis mon fauteuil à ma librairie, sur mon vélo pour m’y rendre ces cinq dernières années, j’ai vu mourir à petit feu le centre ville qui m’entoure.
Voilà le deuxième chapitre de mon témoignage qui approche.
Il sera consacré à la mort des centre-villes et les dégâts de l’étalement urbain…

                                                À suivre…

On peut télécharger la version PDF de ce premier épisode ici :  episode1

 

Histoires de printemps

Histoires de printemps

Partout le printemps montre le bout de son nez…
La nature, bien sûr, rappelle à chaque instant qu’il est temps s’occuper de la survie des espèces et de lancer le cycle de la vie et de la reproduction…

Notre société aussi qui, s’adaptant au cycle quinquennal de la Vème République, s’intéresse en ce printemps, concentrée sur la date du 23 avril, aux enjeux de la survie de notre écosystème.
Enfin, pas toujours, car ce thème fondamental est mis de côté par certains, voire instrumentalisé…
Pourtant le retard pris à agir face la crise écologique née d’une fuite en avant productiviste forcenée dans tous les domaines des activités humaines, dont l’agriculture, nous oblige à fondamentalement inverser la trajectoire du développement humain.

Tant de précurseurs de cette prise de conscience écologique, philosophes et scientifiques, qui depuis des décennies mettent en garde et proposent d’autres solutions, ont été moqués, oubliés…
Leurs écrits sont pourtant incroyablement d’actualité et ils remplissent plusieurs étagères de notre librairie.
Nous avons le plaisir de recevoir le vendredi 17 mars à 18 heures, l’un de ces pionniers, Robert MOREZ, qui vient de raconter sa vie et ses combats dans un livre intitulé « Mémoires d’un bourricot, les tribulations d’un agronome hors des sentiers battus ». Il présentera et dédicacera son ouvrage.

Quant au rendez vous du 23 avril, peut être sera-t-il indispensable de penser nous aussi à sortir des sentiers battus et nous engager pour un vrai nouveau chemin et une nouvelle République…. mais ceci est une autre histoire !

Martin Guillemot

robert-morez-1

C’est plusieurs pages de temps dans l’histoire d’une vie qui commence avec les premiers souvenirs d’avant-guerre en 1939, images précises, mais pas un film qui va se dérouler d’une manière plus continue dans les années 40 dans la région parisienne, puis en Belgique où l’auteur a vécu le temps de ses études.
Après le service militaire, la découverte des tropiques aux Antilles et de l’agriculture industrielle avec ses pesticides… Ce qui l’a amené à quitter la recherche agronomique et une fois rentré en métropole, à militer avec Nature et Progrès et Pierre Rabhi pour une agriculture, gestion du vivant.
Agriculteur, l’auteur a refusé la voie du productivisme agricole aux mains des industriels et des financiers et continue à 80 ans passés à militer et enseigner une alternative crédible : l’agroécologie.

Biographie de Robert Morez
Jeune agronome en poste aux Antilles dans les années soixante, l’auteur assiste au matraquage chimique des plantations dont les conséquences se font sentir cruellement à notre époque. Rentré en Europe, il devient un pionnier d’une agriculture, d’une agronomie plus respectueuse de la vie. Sa rencontre avec Pierre Rabhi, pionnier du bio, le conforte dans sa démarche. Il travaille par la suite au Burkina Faso et en Afrique du Nord et de l’Ouest.
Aujourd’hui administrateur de l’association de solidarité internationale CARI, Robert Morez anime plusieurs dizaines de formations par an en agroécologie.
« L’agroécologie est la gestion de la terre nourricière en liaison avec les écosystèmes et la nature dont nous faisons partie. »

Deux revues à soutenir….

Reçu cette semaine les derniers numéros de deux revues d’écologie politique qu’il faut aider à paraître. Leur travail est fondamental, indispensable même…
Et ce trimestre/mois, les sujets abordés tombent pile dans l’actualité « politique » et sont source de réflexion salutaire….

La Revue ECOREV’ numéro 44

L’« Anthropocène » a déjà eu lieu, l’événement est passé. C’est toute la Terre et tous ses habitants, nos vies qui sont bouleversées désormais par l’entrée dans cette nouvelle ère. C’est aussi et avant tout l’histoire de notre modernité, d’un « Capitalocène » mortifère. Si les scientifiques en discutent encore la date de son commencement ou en scrutent les traces à même le sol, peu en contestent désormais la réalité – le consensus est total, ou presque.

Dans ce cadre, notre dossier vient prolonger la perspective dessinée par les deux textes de la rubrique Classiques enecorev tâchant d’articuler, comme nous y invite Charles Fourier dans un texte de 1820, la nécessaire prise de conscience des responsabilités du mode de production capitaliste dans cette entrée – et de ses limites à palier aux problématiques qu’elle génère ; avec la recherche de mise en œuvre effective d’une « autre économie, d’autres rapports sociaux, d’autres modes
et moyens de production et modes de vie » – comme nous y invitait André Gorz à la fin sa vie en 2007 – en abolissant « cet esprit, ces systèmes de domination et de répression qui nous viennent du fond des âge
s et qui ont dressé l’homme contre l’homme et contre la nature », nous dit Murray Bookchin dans un texte de 1969.

Car, même si aujourd’hui les plus exposés aux dérèglements climatiques, aux migrations environnementales, aux dégradations des milieux de vie et aux guerres qui en découlent sont avant tout au Sud – là où pourtant les responsabilités historiques sont incontestablement moindres – le monde entier en subit déjà, et en subira bientôt plus encore, le poids et les effets destructeurs.
Reconstruire un vivre ensemble – désormais inéluctablement globalisé – et des imaginaires politiques propres à porter une sortie civilisée du capitalisme à l’âge de l’Anthropocène, sont sans aucun doute les nouvelles frontières de l’écologie politique, notre ZAD.

C’est à ce projet que ce numéro tente de contribuer, dans un contexte historique où les acteurs du système capitaliste feignent de se pencher sur la problématique environnementale pour in fine mieux ignorer avec arrogance notre entrée dans l’ère de l’anthropocène. Chaque partie de ce numéro, du dossier à la rubrique Utopie(s) 2050, en passant par le Kit Militant et la rubrique Lectures, contribue à faire face à cette nouvelle réalité sans sombrer dans la réaction, le catastrophisme et le nihilisme – qui menacent pourtant chaque jour un peu plus d’effacer la complexité de la situation derrière des discours dangereusement simplistes –, autrement dit à faire de l’écologie politique la première des énergies renouvelables. Une tâche ardue mais stimulante, pour laquelle le comité de rédaction accueille avec grand plaisir à partir de ce numéro 44, trois personnes qui font honneur à notre revue : Alice Sternberg, Michael Löwy et Willy Gianinazzi.

Pour s’abonner ou commander ce numéro c’est ici

La revue SILENCE numéro 453

silenceÉditorial : Le temps de vivre

L’année 2016 aura été marquée par les luttes sociales contre la loi Travail en France. Pourtant, 2016 était aussi la date anniversaire des 80 ans du Front populaire, des premiers congés payés. Si l’on remonte au 19e siècle, on observe une tendance inéluctable à la réduction du temps de travail salarié, allant de pair avec l’augmentation de la productivité. C’est une tendance partagée partsilenceout en Europe. La remise en cause de la réduction du temps de travail représente un recul historique.

Il convient de préciser que nous parlons ici du travail salarié (1), exercé sous l’autorité d’un employeur, encadré par une législation que les contrats doivent respecter. Pour être plus précis, on devrait d’ailleurs parler d’emploi, car le travail pourrait être entendu comme toute activité au sens large, sans qu’elle fasse nécessairement l’objet d’une rémunération sociale ou personnelle. Par exemple, nettoyer une rue, garder des enfants, repeindre un appartement, aider une voisine à faire ses courses : emploi, travail ou activité ? Ce sont les notions de lien de subordination et de salariat qui font la différence, mais pas le contenu même de l’action. Ce qui est alors intéressant quand on élargit sa vision, c’est de mesurer à quel point, même si l’emploi diminue, le travail ne manque pas… Et dans tout ça, quand est-ce qu’on respire ?

Dans ce dossier, nous avons souhaité remettre ce sujet en discussion, partant du constat que la réduction du temps de travail de manière choisie pouvait être un levier puissant pour construire une société décroissante, parce qu’elle pose inéluctablement la question de la consommation (quoi, combien ?), la relation de soi au reste du monde (qu’est-ce que je donne, qu’est-ce que je reçois ?), et finalement du sens (pourquoi ?). Nous proposons pour cela de questionner les représentations, analyser les statistiques, écouter les parcours des gens, observer les expériences européennes, relire les philosophes.

Pour s’abonner ou commander ce numéro revue silence

Humeurs et Portraits

Les éditions de L’An Demain viennent de sortir deux livres en ce début décembre…

cover-recto

 

Le 2 décembre, à l’ouverture de l’exposition Jean-Louis Engels-Philippe Kandel à la galerie AMJ, a été dévoilé le livre de Philippe Kandel « Portraits » qui présente sous forme d’un ouvrage simple et élégant des portraits-nus, dont une grande partie est exposée à la galerie AMJ sous forme de tirages originaux.
Ce livre est un souvenir magnifique à conserver après la visite de l’exposition, mais c’est aussi un magnifique cadeau pour Noël à offrir à ceux qui ne pourront visiter la galerie.

64 pages  16,5 x 24cm
prix : 20 euros
Éditions L’An Demain en association avec la galerie AMJ

 

‘Bonjour, je suis photographe de portraits-nus, voulez-vous poser pour moi ?’
La question étonne, fait sourire, suscite méfiance ou rires mais provoque le plus souvent une discussion avec la personne interpellée. La question n’est jamais rejetée. De cette première approche découle, ou non, un rendez-vous photographique. Le lendemain ou quelques jours plus tard, une femme ou un homme se met à nu devant mon appareil photographique. Par leur acte volontaire ces inconnus se dévoilent dans l’espace fermé et dépourvu de tout artifice de mon studio. D’autres préfèrent la liberté offerte par la nature. Simple observateur d’une métamorphose dont ils sont les acteurs, je mets en place tous les éléments permettant de créer l’instant d’émotion qui permettra à l’image de naître. Je ne fais que saisir ce qui m’est donné, la force d’un regard, l’ombre d’un sourire, le mal-être d’un corps vieillissant ou sa joie sans contrainte, le triomphe d’un sein, la quiétude ou la plénitude de la vie. La beauté. Un temps photographe scolaire professionnel, je mène ce travail en moyen format, essentiellement en studio.
Philippe Kandel octobre 2016

cover_nappez_recto

 

Le 9 décembre est sorti en librairie le livre de Patrick Nappez « Humeurs de Narbonne… et d’ailleurs »

Entre 2001 et 2008, le journaliste Patrick Nappez régalait les lecteurs
narbonnais du journal Midi Libre
de ses billets d’humeur.
Des textes courts, percutants, acides,
drôles ou tendres, selon l’air du temps.
Environ cent cinquante de ces billets
ont été réunis dans ce livre.
Si l’humeur souvent varie, l’objet de ces
oscillations reste bien souvent immuable…

176 pages  14,8 x 21 cm
Prix : 12 euros
Éditions L’An Demain

 

Un belle idée de cadeau de fin d’années à offrir aux « vieux » narbonnais comme aux nouveaux arrivants qui retrouveront ou découvriront la plume élégante de Patrick Nappez et qui, sous la légèreté apparente du propos, plongeront dans des réflexions salutaires sur les enjeux de Narbonne…et d’ailleurs !

Les z’indignés numéro 20

indignes20Le journal « Les z’indignés » apporte tous les mois une bouffée d’air frais et des éléments fondamentaux de réflexion. L’aventure éditoriale, militante et sans publicité, se poursuit depuis deux ans dans un contexte difficile pour la presse.
S’abonner pour un an, offrir un abonnement pour les fêtes, c’est un beau geste pour permettre à l’histoire de continuer.

http://www.les-indignes-revue.fr/

Le sommaire du numéro 20 :

Le maldéveloppement guyannais
Propos recueillis par Paul Ariès Les Zindigné(e)s poursuivent leur enquête sur le maldéveloppement planétaire. Les pays du Sud sont dans ce domaine un miroir grossissant de ce qui ne va pas à l’échelle mondiale. Entretien avec Yves Gerry à l’occasion de la publication du livre « Les abandonnés de la République » écrit en collaboration avec Christopher Gruner et Alexandra Mathieu (éd. Albin Michel).

Relocalisation fédéraliste et sociale contre mondialisation néolibérale
Thierry Brugvin, sociologue Actuellement, contre la mondialisation néolibérale, plusieurs courants largement antagonistes font la promotion de la relocalisation. Cette dernière préoccupe autant l’écologie sociale, que les partisans de l’autonomie économique de gauche (la démondialisation de Montebourg), que d’extrême droite. Or, si l’autonomie locale est un fondement des politiques économiques libertaires ou décroissantes, certains secteurs ne peuvent néanmoins pas être complètement délégués au niveau local.
abandonnes
Pour une écologie chrétienne de gauche
Théologien et pasteur protestant à la Maison Verte (18e arrondissement de Paris) Stéphane Lavignotte est bien connu des milieux écologistes pour ses prises de position et ses engagements. C’est à la Maison Verte, qu’en 1972, se sont rencontrés Michel Foucault et Jean Paul Sartre pour dénoncer un crime raciste à la Goutte d’Or : l’assassinat de Ben Ali Djellali, un adolescent de quinze ans et demi d’origine algérienne, tué d’une balle dans la nuque par le concierge de son immeuble après une altercation. Depuis, les luttes contre le racisme, pour les droits des travailleurs immigrés, les sans papiers ont ponctué la vie de la Maison verte. « C’est dans cette histoire que je mets mes pas, commente Stéphane Lavignotte. C’est à la fois une responsabilité et une liberté. » La parution de son dernier ouvrage « Les religions sont- elles réactionnaires ? » (Textuel) est une belle occasion de nourrir le dialogue pour construire avec les croyants une Objection de croissance amoureuse du bien vivre

Nucléaire civil et nucléaire militaire : un danger pour l’humanité ?
Quels sont les liens entre nucléaire civil et nucléaire militaire ? Nombreux, répondront certains mais d’autres répliqueront que cela ne remet pas en cause nos choix pour construire la société mondiale de demain. Une erreur. Les liens historiques, technologiques, industriels, sociétaux et politiques façonnent nos rapports humains. Le nucléaire civilo-militaire est un danger pour l’humanité.

Les « défricheurs » ont un bel avenir
Eric Dupin, journaliste Face aux adeptes des pas de côté (petits ou grands), Pierre Zarka expliquait dans les Zindigné(e)s qu’on ne fait pas la révolution sans le savoir. Nous avons eu envie de demander au journaliste Eric Dupin de nous parler des « défricheurs » et de leurs rapports au politique
Construire une contre-hégémonie
Entretien avec André Tosel Les gauches comme les milieux de l’objection de croissance ont perdu la bataille des mots. La contre-révolution conservatrice mondiale est ressortie vainqueure du 20e siècle. Comment se construit l’hégémonie ? Qu’est-ce que l’imaginaire néolibéral ? Comment nous y opposer ? Les Zindigné(e)s ont voulu en savoir davantage lors d’un entretien avec André Tosel, philosophe, à l’occasion de la parution de son livre Essai « Pour une culture du futur » (Editions du Croquant).
indignes20_ter
Politiques de l’extrême : que sont la gauche et la droite devenues ?
Il faut être aveugle et sourd aux réalités politiques actuelles et aux revendications populaires pour s’interdire de prononcer la banqueroute de la gauche. Partout la droite progresse et, si elle ne gouverne pas, d’autres se chargent pour elle d’appliquer sa politique résolument néolibérale. Cette faillite est totale : idéologique, morale et politique. La banqueroute de la gauche.

La concurrence liberticide et biaisée dans l’Éducation Nationale
L’idéologie néolibérale présente la concurrence libre et non faussée comme une théorie économique. Si on la prend pour ce qu’elle prétend être, on ne peut être que confondu par le simplisme et la naïveté de cette « théorie ». Au contraire, si on l’envisage comme une technique managériale, alors on comprend quels intérêts elle sert et quels sont ses objectifs réels.

Faut-il un dépistage systématique du cancer de la prostate ?
Nicole Delépine, Pédiatre, Oncologue Les Zindigné(e)s militent pour une autre conception et pratique de la médecine. Nous sommes donc aux côtés des lanceurs d’alerte comme le docteur Nicole Delepine. Ce spécialiste des cancers nous précise ici que le dépistage des cancers de la prostate par le dosage des PSA 1 est inutile et dangereux pour les hommes qui le pratiquent. Elle ajoute : « Cette donnée acquise de la science ne mériterait pas qu’on la rappelle si je n’avais été stupéfiée d’être sollicitée, il y a quelques jours, par une pétition en sa faveur lancée par on ne sait quel groupe d’intérêt ».

Indifférences
Yann Fievet, socio-économiste Que vaut, en démocratie proclamée, la vie d’un jeune homme en pleine santé morale, attentif au monde qui l’entoure, révolté de voir ce dernier sombrer lentement sous les coups redoublés d’une économie dévoreuse de tout ce qui justement fait la vie ? Peu de choses, probablement.

 

 

Avec Ceux d’Argeliers : « C’est dans le peuple assemblé que réside la force »

Le 11 Mars 1907, Marcelin Albert et 86 personnes partent d’Argeliers pour rencontrer la commission d’enquête qui étudie la situation viticole à Narbonne. De retour à Argeliers, déçus, ces « 87 » créent le Comité d’initiative de défense viticole.

Narbonne_mai_1907Le 24 Mars ils réunissent 300 personne à Sallèles d’Aude.
Le 31 Mars le meeting à Bize Minervois rassemble 600 personnes
Le 14 Avril, 8000 manifestants se rassemblent à Coursan
Le 21 avril, ils sont 15000 personnes à Capestang
Le 5 Mai 80 à 100000 personnes sont rassemblées à Narbonne
Le 12 Mai on compte 160000 personnes rassemblées à Béziers
Le 19 Mai 180000 à Perpignan
Le 26 Mai 220 à 250000 à Cascassonne
Le 2 juin 250 à 300000 personnes à Nimes
Le 9 Juin 600 à 800000 manifestants à Montpellier
Le 19 Juin, les membres du Comité d’Argeliers sont arrêtés, et le 30 Juin la troupe tire sur les manifestants à Narbonne faisant 5 morts et de nombreux blessés.

L’histoire fut racontée par de nombreux historiens depuis, et elle est dans les mémoires. Mais relire, grâce à cette réédition, le témoignage de Jean Fournel est un moment d’émotion pure.

« C’est dans le peuple assemblé que réside la force », sous titre emblématique du livre, cette phrase résonne en nous tous.
Car loin d’être un échec, la révolte de 1907 a débouché sur des lois importantes réglementant la vigne et le vin qui restent fondamentales aujourd’hui, même si les négociations du Grand Marché transatlantique menacent les avancées obtenues à l’époque.

Mais cette révolte de 1907 racontée par un témoin contemporain fait résonner en nous tous d’autres réflexions. Un siècle plus tard, le peuple cherche à s’assembler face à une crise économique et écologique sans précédent qui crée chômage et misère. En Espagne, en Grèce, e peuple s’est assemblé par millions de manière imprévue par les puissants, et les graines que ces grandes manifestations ont semées germent dans les consciences.

argeliers4ème de couverture
Grâce à ses relations intimes avec Ceux d’Argeliers, Jean Fournel, journaliste de métier au quotidien régional l’Éclair (ancêtre de Midi Libre) nous livre un témoignage rare. Dans un style fluide, précis et agréable – mais avec un  parler « vrai » – il décrit avec précision les caractères de chacun, les habitudes, l’ambiance des villages du Midi au début du XXe siècle et surtout l’organisation du Comité d’Argeliers dont le siège se trouve au Café de Marcelin Albert.
On comprend mieux comment un village a pu organiser une révolte, prête à faire basculer le pouvoir central.
L’auteur, qui a assisté aux événements, connait bien Marcelin Albert et les « 87 ». Au fil des jours, il a tout noté sur ses carnets : les détails, les anecdotes et les phrases prononcées qui apportent proximité et vie à sa narration…
Ce texte exceptionnel de Jean Fournel, publié de façon confidentielle en 1908 et ensuite tombé dans l’oubli, nous plonge dans le quotidien de ceux qui ont impulsé la révolte du peuple vigneron pour un vin naturel de qualité.

Avec Ceux d’Argeliers de Jean Fournel, Editions Chstian Salès  192 pages 19.90 euros

L’ère du peuple

Un autre livre vient de sortir. Il offre aussi une réflexion importante sur le retour du peuple sur le devant de la scène.
« L’ère du peuple » de Jean-Luc Mélenchon, publié par les éditions Fayard, doit être lu sans arrière pensée. En ce début de siècle, la crise écologique ne nous laisse pas de choix, le peuple doit à nouveau s’assembler et imposer l’intérêt général humain comme priorité absolue face à l’oligarchie qui dirige le monde et nous conduit dans une impasse.
Le livre de Jean-Luc Mélenchon est une démonstration brillante qui s’adresse à tous, qui parle à l’intelligence et à la générosité de chaque lecteur.

melenchon

4ème de couverture:
Que François Hollande soit menteur, fourbe, servile, et que son projet soit glauque, est-ce une raison pour nous condamner à ne penser qu’à lui et au risque de la disparition de l’idée de gauche qu’ il a usurpée ?
Je propose de voir plus loin que l’horizon désespérant du présent. Regardons le monde fascinant qui s’est constitué sous nos yeux en quelques décennies.
Un monde plein d’êtres humains, couvert de villes, où l’ occupation de la mer elle-même a débuté. Mais un monde engagé dans un changement climatique irréversible et un bouleversement de la hiérarchie des puissances qui menacent l’existence même de la civilisation humaine.
Un monde où surgit un acteur nouveau : le peuple.
Les puissants se moquent de lui, le méprisent, lui bourrent le crâne et insultent tous ceux qui lui donnent la priorité.
Mais si les puissants n’ont plus peur de la gauche édentée par Hollande, ils ont plus peur que jamais du peuple. Sa révolution citoyenne peut tout changer, en commençant par faire entrer la France dans la 6ème République.

L’ère du peuple, de Jean-Luc Mélenchon,  éditions Fayard  140 pages 10 euros

Le 15 mars 1944, il y a 70 ans ……

cnrIl y a 70 ans, le 15 Mars 1944, le conseil national de la résistance adoptait dans la clandestinité, son programme, qui allait après la libération devenir la base des grandes réformes sociales de 1945/1946…

Il y a deux ans, le 6 mai 2012, François Hollande devenait président de la République, et nous savons maintenant qu’il continue depuis le travail de destruction et de dénigrement des idéaux du Conseil National de la Résistance à la suite des coups brutaux portés par Nicolas Sarkozy les 5 années précédentes.

Le livre « Les jours heureux » paru aux éditions de la Découverte en 2010 est toujours d’actualité, je vous le conseille….

Allez voir le film de Gilles Perret « Les jours heureux » s’il passe près de chez vous.

L’éducation populaire est la condition d’un changement, 70 ans c’était hier, mais il nous faut maintenir la flamme vivante !

affiche_les_jours_heureux_petite412XKBrI5FL

Quelques extraits du programme :

Afin de promouvoir les réformes indispensables :

A Sur le plan économique :

  • l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
  • une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;
  • l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
  • le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
  • le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
  • le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

B Sur le plan social :

  • le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;
  • un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
  • la garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité de la monnaie ;
  • la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
  • un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
  • la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
  • l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance conte les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;
  • une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
  • le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

C Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

D La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée,quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.