Vu de l’An demain : épisode 3

Vu de L’An Demain :
quelques observations sur le livre,
Narbonne, la planète et l’humanité

Lorsque j’ai créé à Narbonne , il y a cinq ans, la librairie L’An Demain, librairie spécialisée dans le domaine de l’écologie, je ne connaissais presque rien de Narbonne et de la vie d’une ville moyenne, je savais très peu sur le métier de libraire, et je croyais savoir beaucoup dans le domaine de l’écologie, résultat de 35 années dévolues à ces sujets après des études d’agronomie, une vie de paysan et de militant, des engagements écologistes en France et en Europe.

Aujourd’hui, au moment où la librairie va devoir fermer, je souhaite par ce texte écrit à la première personne rendre au public tout ce que m’a apporté l’expérience, vue de mon poste d’observation.

Car je ne pensais pas, accroché à mon siège de la librairie comme un arapède sur son rocher, me retrouver à un poste d’observation adéquat pour regarder notre monde et en peut être au delà du rôle de témoin, contribuer à la recherche de solutions…

Trois grandes têtes de chapitre pour présenter mon propos feront l’objet d’une publication en « feuilleton », puis d’une publication complète sous forme de petit livre plus documenté… peut-être !

La fin des librairies indépendantes et le déclin du livre
La mort des centre-villes et les dégâts de l’étalement urbain
La destruction de la biosphère mène-t-elle à la fin de l’humanité ?

ÉPISODE 3
La destruction de la biosphère
mène-t-elle à la fin de l’humanité ?

En cinq années, à la librairie l’An Demain, j’ai vu passer une quantité impressionnante de livres ayant pour sujet l’avenir de l’Humanité face à la crise écologique.
J’ai vu et vendu « Demain , un nouveau monde en marche », et puis « Le monde qui émerge, les alternatives qui peuvent tout changer », et bien d’autres livres encore à l’optimisme assumé…
J’ai aussi lu et recommandé « L’événement anthropocène », « Requiem pour l’espèce humaine » ou bien « Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’attention des générations présentes», analyses lucides et érudites du monde d’aujourd’hui.
Et tant d’autres !!

En cinq ans années la crise écologique mondiale s’est aggravée fortement (c’est le propre des courbes exponentielles!). Face aux bouleversements du climat, à la réduction de la biodiversité ou aux pollutions chimiques ou nucléaires, comment croire encore à l’existence d’un « An Demain » pour l’humanité.
Scientifiques, philosophes, écrivains, penseurs de tous horizons ont pris leurs plumes et leurs bâtons de pèlerins.
L’édition, le cinéma, les revues, les blogs sont surchargés d’appels à une prise de conscience : s’il n’est peut être pas trop tard, il est tout juste encore temps d’inverser les courbes.
Reste-t-il un espoir ?

La situation est grave, mais pas désespérée
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A côté de la profusion éditoriale de livres sur la crise écologique, j’ai vu, ces dernières années, surgir comme « mode » des vocables qui recyclent et modernisent des idées que les années 70 avaient vu fleurir.


« Permaculture » et « véganisme » sont, par exemple, le symptôme d’une nouvelle prise de conscience qui complète et enrichit les valeur de l’humanisme écologique. Termes bien plus larges que agriculture biologique ou végétarisme (mais aussi sujets à de grandes confusions, voire à des récupérations), ils apportent leur vision systémique et globale.

« Décroissance », mot obus apparu il y a quelques dizaines d’années, a joué un grand rôle dans la prise de conscience de la finitude de notre planète, finitude que l’écologie politique avait mis en avant sans réussir à en éviter la récupération par le système dominant qui inventa les oxymores que sont les expressions « capitalisme vert » et «développement durable ».

Le mouvement des « Villes en Transition », dont l’appellation est tout un programme, conscientise et entraine dans l’action des millions de citoyens, de même que les mouvements SlowFood puis CittaSlow.

Le terme « Anthropocène », maintenant largement accepté et utilisé, est une avancée conceptuelle décisive pour une prise de conscience générale de la responsabilité humaine face à la crise écologique.

Le mot et le concept « low tech » modernisent des réflexions qui, des luddites «destructeurs de machines» du XIXe siècle aux dessins de Reiser dans « La Gueule Ouverte », en passant par les travaux d’innombrables chercheurs et avec les apports d’expérimentations de modes de vie différents aux quatre coins de la planète, font partie du fond commun de l’humanité.

Autant de symptômes qui démontrent que la recherche d’une sortie par le haut est dominante, plutôt que le défaitisme ou le découragement.
Mais, bien sûr, l’avenir n’est pas dans les livres, mais dans des actes décisifs, partagés par les habitants de la planète. Alors, qu’est ce qui coince ?

Le modèle économique dominant n’a pas de solutions à proposer : il est le problème.

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La journaliste Naomi Klein a écrit en 2014 un livre important : « This changes everything, Capitalism vs Climate » (Ceci change tout : le capitalisme contre le climat) qui démontre que notre modèle économique est en guerre contre la vie sur terre.

La traduction française du titre « Tout peut changer, capitalisme et changement climatique » est un quasi contresens.
On mesure ainsi l’ampleur de la tâche  de conviction encore à venir, car de partout on lit, on entend « encore une minute, monsieur le bourreau, on peut changer, on va changer, tout peut changer ! »

L’écologie politique peut sembler en crise en 2018, pour des observateurs extérieurs.
Mon avis est qu’au contraire, partout dans le monde, nous sortons des ambiguïtés nées des origines sociales et occidentales de nombreux penseurs et militants de l’écologie politique : l’écologie est devenue le nouvel humanisme global.

La planète, considérée dans son ensemble comme un bien commun de l’humanité, doit voir sa gestion rendue collective, égalitaire, démocratique, permettant le retour à l’équilibre avec l’arrêt immédiat des destructions et la mise en œuvre des réparations….
Dans ce domaine, l’apport des philosophies venues des peuples dominés, en Amérique du Sud, en Océanie et ailleurs, est extrêmement fertile.

Vaste programme, bien trop grand pour être résumé ici, mais qu’on trouve proposé de mille façons dans des écrits dans toutes les langues de l’humanité….

L’éducation populaire et la démocratie réelle, pour la survie de l’humanité

autor1Puisque ce texte, écrit à la première personne et fruit d’une vie d’engagements, se veut utile et si possible positif, je propose ici quelques pistes pour boucler ce troisième épisode.

Rien n’est possible sans une éducation indépendante et une information libre permettant le débat démocratique. Ces deux piliers du libre arbitre sont en grand danger de disparaître.

        – L’éducation publique, de l’école à l’université, ne peut plus jouer son rôle, concurrencée et anesthésiée par des adversaires plus puissants : la publicité, le marketing, les écrans numériques, le divertissement commercial, le sport spectacle…

      – Les médias, l’édition, l’audiovisuel sont très majoritairement asservis aux puissances financières qui les possèdent ou les contrôlent.

La culture de l’individualisme et le mythe de l’individu libre et tout-puissant ont contaminé une grande partie de l’humanité.
Les smartphones ont conquis la planète (plus de 2,5 milliards!). Au delà des dégâts écologiques et sociaux que leur fabrication et leur développement ont générés, leur usage, s’il a certes apporté des sources nouvelles d’information au plus grand nombre, a aussi instillé le discours dominant à tous et partout.

La démocratie ne fonctionne plus .
L’abstention, qui dépasse 50 % dans de nombreuses démocraties, délégitime les élus ; le lobbyisme tout puissant, et la corruption parfois, les discréditent. L’influence des puissances financières dans les campagnes électorales, sous forme de financement direct, de mainmise sur les médias ou sur les instituts de sondage, dénature le vote . Les traités de libre échange et les abandons de souveraineté des états leurs confisquent les moyens d’agir, sur le quotidien comme sur long terme.
Les institutions déséquilibrées empêchent de prendre en compte les enjeux écologiques et les cycles longs.

Me suis-je éloigné de mon projet initial de regarder le monde depuis le poste d’observation privilégié de ma petite librairie de ma petite ville de Narbonne ?
Je ne crois pas….

Au premier épisode, j’ai tenté de comprendre pourquoi les librairies indépendantes ferment et le goût de la lecture disparaît.

Dans le deuxième épisode, nous avons assisté à l’agonie, voire à la mort, des centres villes, à la disparition des commerces et des artisans indépendants, à la dissolution du lien social dans un urbanisme déshumanisé.

Ce troisième épisode se termine par un constat rude : sans le retour rapide à l’éducation et la culture libre pour tous, sans le rétablissement d’un esprit de solidarité entre les humains et envers la nature, le renouveau démocratique indispensable n’adviendra pas et la pente prise par nos sociétés les mène à leur disparition.

Mais tout au long de ces cinq années, j’ai découvert et rencontré des auteurs, d’hier et d’aujourd’hui, aux analyses époustouflantes. La richesse de la pensée, le foisonnement des initiatives, la curiosité partout grandissante sont de signes formidables que tout est présent pour le renouveau.
Nul ne peut prédire si ce sera après l’effondrement ou si la transition sera maitrisée, nul ne sait si ce sera long ou rapide…


archeologieMais plus personne ne peut l’ignorer : ces dix dernières année ont vu une accélération inédite des périls écologiques et nous sommes face à un choix simple mais dont la mise en œuvre est difficile, et exigeante. La biosphère est un bien commun de l’humanité, et nous devons en reprendre le contrôle citoyen des griffes du système économique qui la détruit pour le profit financier d’une infime minorité.

À tous les niveaux d’organisation des sociétés humaines, dans l’entreprise, dans ville, dans les régions ou les états, c’est un renouveau démocratique complet et une implication citoyenne éduquée qui sont nécessaires.

À ces conditions, le monde va changer demain, et nous retrouverons le goût de la lecture et de la transmission, nous revivrons la convivialité de villes revivifiées et le bonheur du partage, de la solidarité et du vivre ensemble.
Et l’écosystème « Terre » évoluera à nouveau vers un équilibre global, avec toute sa biodiversité, ses capacités de renouvellement… et une juste place pour l’humanité.

Illustrations extraites du DVD « Archéologie du Futur » réalisé en 1995 par Claude Guillemot

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l’article en entier (3épisodes)

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Vu de l’An demain : épisode 2

Vu de L’An Demain :
quelques observations sur le livre,
Narbonne, la planète et l’humanité
Épisode 2

Lorsque j’ai créé à Narbonne, il y a cinq ans, la librairie L’An Demain, librairie spécialisée dans le domaine de l’écologie, je ne connaissais presque rien de Narbonne et de la vie d’une ville moyenne, je savais très peu sur le métier de libraire, et je croyais savoir beaucoup dans le domaine de l’écologie, résultat de 35 années dévolues à ces sujets après des études d’agronomie, une vie de paysan et de militant, des engagements écologistes en France et en Europe.

Aujourd’hui, au moment où la librairie va devoir fermer, je souhaite par ce texte écrit à la première personne rendre au public tout ce que m’a apporté l’expérience, vue de mon poste d’observation.

Car je ne pensais pas, accroché à mon siège de la librairie comme un arapède sur son rocher, me retrouver à un poste d’observation adéquat pour regarder notre monde et en peut être au delà du rôle de témoin, contribuer à la recherche de solutions…

Trois grandes têtes de chapitre pour présenter mon propos feront l’objet d’une publication en « feuilleton », puis d’une publication complète sous forme de petit livre plus documenté… peut-être !

ÉPISODE 1 : La fin des librairies indépendantes et le déclin du livre
ÉPISODE 2 : La mort des centre-villes et les dégâts de l’étalement urbain
ÉPISODE 3 : La destruction de la biosphère mène-t-elle à la fin de l’humanité ?

 

ÉPISODE 2
La mort des centre-villes

Narbonne01Comparons la France vue d’en haut aujourd’hui et il y a 50 ans. Quelle sera la principale différence qui sautera aux yeux si on observe les zones urbaines ?
Sans nul doute, le développement, tel un cancer, des zones périphériques commerciales, industrielles, artisanales et résidentielles avec leurs cortèges de rond points, d’échangeurs, de voies rapides, de hangars… et de panneaux publicitaires !

Toutes les villes sont atteintes, les plus grandes de manière sidérante, souvent de tous côtés et dans des proportions gigantesques, les plus petites à leur façon avec leurs petits ronds points desservant un petit centre commerciale/zone d’activité et d’autres conduisant au lotissement communal équipés de ralentisseurs et d’éclairages publics au design improbable…

Pour paraphraser Jean de la Fontaine, de cette peste, nos villes et nos villages «  n’en mourraient pas tous mais tous étaient frappés »…
Au fait, est on sûr que le péril n’était pas mortel, sont ils encore vivants ou n’en ont ils que l’apparence ? Olivier Razemon titre son livre, paru en 2017 et qu’il présente lors de conférences très suivies partout en France, «Comment la France a tué ses villes ».

Le sujet est devenu à la mode : les élus, depuis les maires jusqu’aux élus de la nation, se sont penchés au chevet des malades et, tels des médecins de Molière, ils rivalisent d’éloquence pour masquer leur impuissance à réanimer le malade, voire inventent des solutions qui l’achèvent !
De mon poste d’observation dans ma librairie à Narbonne, j’ai observé l’étape finale de ce processus que je vais vous conter brièvement ici.
Et peut être à travers ce témoignage contribuer un peu à imaginer des solutions.

Les méfaits de l’étalement urbain

Narbonne02Les effets de l’étalement urbain sont connus depuis très longtemps, mais on semble en découvrir l’ampleur récemment.

– Il est destructeur d’espaces agricoles et naturels : on ne peut plus continuer à ce rythme, sinon il ne restera bientôt plus de terre arable ni de nature sauvage !

– Il impose l’usage de l’automobile au quotidien, ce qui entraîne des coûts pour les utilisateurs et pour les collectivités, une pollution sonore et atmosphérique aux graves conséquences sur la santé et le climat.

– Il détruit les lieux du vivre ensemble (espaces publics, lieux culturels à taille humaine, commerces individuels…) et ne développe que des espaces anonymes et utilitaires (centres commerciaux, hangars commerciaux, multiplexes, chaines de fast food…).

Narbonne a vu tous ces effets plus tardivement que d’autres villes, mais l’accélération y est brutale ; on assiste maintenant à la disparition du désir de fréquenter le centre ville, et une grande partie des la population préfère vivre, acheter, se distraire hors de la ville, ne fréquentant le centre que par obligation, ou à des occasions exceptionnelles.

Une dernière étape est à l’oeuvre : les professions médicales, les banques, certains services publics s’installent en périphérie. L’hôpital privé et même la gare TGV vont s’éloigner de 10 km !
Et on découvre, un matin, cet ubuesque gros titre du journal local qui salue l’ouverture d’un Mac’Do à Montredon et vante en première page la « création » de 40 emplois…

Les zones commerciales tuent le commerce indépendant et détruisent des emplois

Le développement accéléré, quasiment sans freins, de zones commerciales a été dévastateur.
Des études montrent que chaque emploi créé dans ces zones détruit en moyenne près de trois emplois du fait de la fermeture de commerces de proximité ou de leur impossibilité de conserver des salariés.
Les emplois créés sont souvent précaires, à temps partiel subi. Les salariés sont obligés d’utiliser une automobile du fait de l’éloignement et des horaires variables.

Si le centre ville de Narbonne a fait illusion quelques temps, ce fut grâce à l’entêtement de ses commerçants indépendants, à l’attrait touristique de la ville, à la survie de certaines traditions commerciales (les Halles, le marché des Barques…)
La situation s’est « normalisée » en 2017 : plus d’illusions, le taux de vacance commerciale est en forte hausse et les commerces en place voient leurs chiffres d’affaire plonger…

La fréquentation touristique ne remplace pas la vie

Narbonne03Un centre ville historique, agréable et bien mis en scène peut certes apporter une forte fréquentation touristique, ce qui peut permettre le développement de services liés (cafés, restaurants, glaciers…).

Mais cela n’offre que très peu d’aide au commerce de proximité, dont l’existence dépend d’une clientèle vivant et consommant en centre ville, qui elle disparaît.
Narbonne ne connaît pas encore une désertification résidentielle, mais découvre depuis quelques années le phénomène d’exode vers les périphéries des classes sociales les plus aisées.

Dans le domaine de la culture et des loisirs, le centre ville a perdu, comme ailleurs, tous ses cinémas anciens, et le théâtre/cinéma, pourtant scène nationale, est en difficulté faute de trouver un public suffisant. Les lieux de spectacles privés peinent à survivre, et la vie associative, très riche pourtant, ne dispose que de peu de lieux pour se déployer.

Le ré-aménagement des Barques a certes donné un coup de jeune à la ville, et peut être considéré par certains comme une réussite architecturale, mais il n’a pas apporté le souffle de la vie.

L’omniprésence de l’automobile, en action ou illégalement stationnée, dissuade la flânerie, rend dangereuse la circulation a vélo, éloigne les enfants de l’espace public…

Comble de l’ironie, pour attirer des publics qui boudent le centre ville, on organise un salon de l’automobile d’occasion sur les barques en encombrant la seule large zone piétonne offerte aux visiteurs…

Et touche finale : Narbo martius, première fille de Rome, ville dont tout le centre ville a conservé l’organisation spatiale de l’époque romaine, verra des milliers de visiteurs se presser dans le musée de la romanité Narbo Via, implanté près des centres commerciaux, en sortie d’autoroute, dans un bâtiment qu’on viendra voir pour son architecture moderniste. La volonté affichée d’irriguer toute la ville à partir de ce lieu se heurtera aux habitudes consuméristes d’une grande partie des visiteurs.

Peut-on inverser la tendance : revitaliser les centre ville ?

Avec tous ces médecins au chevet du malade, qui suis je pour donner mon avis ?
Un simple citoyen, un observateur curieux. Pourtant il me semble que c’est bien des habitants que viendront des solutions.

Contrairement à beaucoup de villes moyennes qui voient leurs populations stagner ou diminuer, Narbonne gagne près de 1000 habitants tous les ans, et l’agglomération plus encore. Dans ma librairie, j’ai rencontré certains de ces nouveaux habitants, et on s’est reconnus puisque j’en suis ! Et nous avons échangé et réfléchi à nos parcours. Et tiré quelques bilans…

Mais beaucoup d’autres n’ont jamais eu connaissance de l’existence de la librairie L’An Demain, car s’ils ont été séduits par Narbonne, son histoire, son architecture, son climat, sa nature préservée, ses services publics, sa gare et pleins d’autres aspects, depuis leur installation ils fréquentent assidûment Carrefour, Tridome, Gifi ou la Foirfouille, le CGR pour certains et le Théatre pour d’autres, et souvent des petits restaurants à Gruissan ou Narbonne plage… et achètent des livres à Cultura ou sur Amazon !
Et comment pourrait il en être autrement, puisque toute la vie s’est tournée vers ces lieux et ces modes de consommation.

C’est en observant les villes qui ont conservé leurs centres vivants qu’on peut trouver les voies d’avenir pour un renouveau :

– les villes européennes qui ont gardé la vie en centre ville ont toutes régulé drastiquement ou totalement interdit l’implantation d’hypermarchés et de zones commerciales dans leurs périphéries .

– ce sont souvent des villes où l’extension urbaine s’est faite en habitats collectifs autours de quartiers pourvus de services publics et de commerces

– des transports publics et des équipements cyclables permettant de relier les divers quartiers et le centre ville ont été développés

– la mixité sociale y est favorisée

– la vie culturelle y est vivante et soutenue par les collectivités.

Alors oui, si les 1000 personnes qui arrivent à Narbonne chaque année, s’ajoutant à tout ceux déjà arrivés et aux narbonnais qui en rêvent depuis longtemps, trouvent demain les conditions et les équipements qui le permettent, la plupart changeront leur manières de vivre, de se déplacer, de consommer…

Et dans quelques dizaines d’années les urbanistes devront faire assaut d’imagination pour transformer les zones commerciales inutiles en lieux de vie collectifs, en quartiers verts, en équipements culturels…
Et le centre ville de Narbonne retrouvera l’effervescence et le dynamisme qui l’ont caractérisé pendant des siècles…
Des librairies se réinstalleront peut-être alors en centre ville, si on lit encore…

Si l’humanité survit encore à ce moment, dois-je ajouter, car je me suis laissé emporter par un bel optimisme… me voilà revenu à mes questionnements fondamentaux en arrivant au troisième épisode de mon récit qui change d’échelle à nouveau.
Après cinq années à lire et rassembler les livres sur ces sujets, je me pose sérieusement la question : assistons nous à la fin de l’humanité ?

À SUIVRE …

On peut télécharger  en PDF : episode1  episode2

Un siècle d’évolution de Narbonne
Source : https://remonterletemps.ign.fr
Carte de l’état major (1820 – 1860)
Photos aériennes historiques (1950 – 1965)
Photos aériennes actuelles

trio-narbonne

Vu de L’An Demain : épisode 1

Vu de L’An Demain :
quelques observations sur le livre, Narbonne, la planète et l’humanité

 

lib02Lorsque j’ai créé à Narbonne , il y a cinq ans, la librairie L’An Demain, librairie spécialisée dans le domaine de l’écologie, je ne connaissais presque rien de Narbonne et de la vie d’une ville moyenne, je savais très peu sur le métier de libraire, et je croyais savoir beaucoup dans le domaine de l’écologie, résultat de 35 années dévolues à ces sujets après des études d’agronomie, une vie de paysan et de militant, des engagements écologistes en France et en Europe.

Aujourd’hui, au moment où la librairie va devoir fermer, je souhaite par ce texte écrit à la première personne rendre au public tout ce que m’a apporté l’expérience, vue de mon poste d’observation.

Car je ne pensais pas, accroché à mon siège de la librairie comme un arapède sur son rocher, me retrouver à un poste d’observation adéquat pour regarder notre monde et en peut être au delà du rôle de témoin, contribuer à la recherche de solutions…

Trois grandes têtes de chapitre pour présenter mon propos feront l’objet d’une publication en « feuilleton », puis d’une publication complète sous forme de petit livre plus documenté…  peut-être !

La fin des librairies indépendantes et le déclin du livre
La mort des centre-villes et les dégâts de l’étalement urbain
La destruction de la biosphère mène-t-elle à la fin de l’humanité ?

 

Épisode 1 : La fin des librairies indépendantes
et le déclin du livre

Le déclin des livres et de la lecture

lib01Avant d’être moi même libraire, je n’avais pas imaginé l’état d’extrême fragilité de la filière du livre. Mais, au-delà, j’ai observé avec stupeur la disparition de l’envie et du besoin de lire des livres.

Cette remarque n’est pas originale, mais je crois que l’effet sur la société dans son ensemble est grandement sous estimé : la crise de l’édition, de la presse, de la poste sont le résultat d’un changement fondamental : le papier n’est plus la source principale du partage des connaissances entre humains.

Il ne s’agit pas d’une disparition de l’écrit : les montagnes d’e-mail reçues dans nos boites à lettres virtuelles, les SMS et autres messageries instantanées, les avalanches de publications et de commentaires sur les réseaux sociaux, le foisonnement de blogs personnels, les réussites de sites internet dans tous les domaines, sont une preuve éclatante que l’écrit résiste (voire se développe) face à l’image pourtant omniprésente sur nos écrans ou face à la radio toujours vaillante.
Mais est-ce le même écrit ?
Sans même parler de la qualité (littéraire ou seulement grammaticale) des écrits qui remplacent petit à petit nos livres, nos journaux, nos lettres, chacun voit qu’il ne s’agit plus du même mode de pensée. Immédiateté, rapidité, zapping, attention distraite, papillonnage sont devenus la norme : de moins en moins de monde fait l’effort, ou même se sent capable, de lire un livre entièrement, de lire un article de plusieurs pages dans une revue.
Et cela touche tous les domaines de l’écrit : la littérature, les sciences humaines, mais aussi les manuels de cuisine ou de jardinage, les guides touristiques ou les cartes routières et bien sûr aussi les encyclopédies et les dictionnaires.

On observe partout un double perte de quantité et de qualité de contenu, et de capacité d’attention et de mémorisation.
Jusque bien entendu à l’école et l’université, nous avons assisté en quelques dizaines d’années à un recul sidérant de l’usage des livres et de l’apprentissage culturel « classique ». Remplacé par un «autre chose» dont personne ne sait où il mène l’humanité.

Je ne porterai pas de jugement sur cette évolution : des professeurs, des chercheurs, des écrivains ont beaucoup écrit sur ces sujets, dans des livres épais et passionnants ou dans des vidéos sur YouTube… et il en ressort beaucoup de craintes et de questionnements mais aucune certitude.
Je peux affirmer cependant que cette évolution condamne à elle seule les librairies indépendantes, qui pourtant ont bien d’autre causes de fragilité que j’ai découvertes et vais présenter maintenant. Au delà cela met aussi en danger de mort la presse et l’édition.

La fin des librairies indépendantes

lib04.jpg« Vous, les libraires, vous avez de la chance : la loi Lang sur le prix unique du livre, exception française qui est un des seul exemple de résistance de l’état face à l’utralibéralisme, vous protège »

Combien de fois ai-je entendu cette phrase ?
Et accompagnée parfois de ce juste constat que dans les pays anglo-saxons les librairies indépendantes ont quasi-disparu.

Le prix unique du livre, mais aussi des lois et règlements particuliers négociés par la profession sur les relations commerciales entre éditeurs, diffuseurs et librairies, sur l’organisation du transport de livres, sur l’interdiction des soldes. Et tout cela sans résultats apparents, car la librairie est l’activité commerciale où la marge nette est la plus faible, où les salaires sont bas par rapport au niveau de qualification, où la situation financière des entreprises est très fragile, où la transmission des entreprises est quasi impossible.

Pourtant il est facile de voir que la concurrence n’est pas « libre et non faussée » entre Amazon, Carrefour, Auchan, Leclerc, Cultura, la Fnac d’un côté et les libraires indépendants de l’autre.

Amazon et la Fnac peuvent, sur leur site internet, proposer la livraison gratuite (ou 1 centime depuis une nouvelle loi) quand le libraire indépendant doit facturer la livraison au prix du colissimo (plus de 4 euros), prix supérieur à sa marge brute !

Les hypermarchés peuvent attirer les clients avec des montagnes des livres « à la mode » en tête de gondoles, qu’ils commandent par palettes, en payant seulement les exemplaires vendus avec de larges délais de paiement et des marges négociées jusqu’à plus de 50 %, et ne payant ni les frais de retours ni les livres abîmés ou volés !

Le libraire indépendant reçoit ces livres d’office (s’il y souscrit), mais se contente d’une marge d’environ 30 %, paye les frais de livraison et de retour, et a des délais de règlement tels qu’il paye souvent des livres qu’il n’a pas vendus.
Quant au petit libraire indépendant qui refuse le système des offices, qui n’a pas assez de débit pour négocier des contrats avec les distributeurs, il doit souvent se fournir auprès d’un grossiste ou directement auprès des éditeurs et sa marge brute alors oscille entre 10 et 30 % alors qu’il doit payer le transport à fort coût et n’a souvent pas de possibilité de retour des invendus… sans parler des délais de paiement très courts, parfois même avant expédition.

Amazon quant à lui, grâce à sa position dominante, dicte ses conditions aux éditeurs. Évidement très avantageuses pour lui et tenues secrètes…

Vu de loin , la loi Lang a sauvé la librairie indépendante et favorisé l’édition francophone.
Vu de plus près, on verrait certainement que cela a permis des marges et des bénéfices indus pour les grands distributeurs et probablement pour les grands groupes de l’édition, au détriment des petits éditeurs indépendants et de la majorité des auteurs… sans pour autant sauver la librairie indépendante !

Le rôle culturel de la librairie indépendante : rêve ou réalité ?

La survie de la librairie indépendante passe par un développement et une reconnaissance de son rôle social et culturel.

lib05On entend, on lit que c’est par l’organisation de rencontres-débats, ateliers d’écriture, animations diverses que les libraires indépendants sauront se différencier, attirer de nouveaux publics, créer du lien social ….
On assiste à l’éclosion de cafés/librairies ou l’aménagement d’espaces jeux/enfants dans les magasins…
Je me permets ici de jeter un petit pavé dans la mare avec deux remarques à mon avis de bon sens et je tente une analyse un peu plus large.

Oui, un libraire est bien placé, et c’est son rôle, pour être un médiateur culturel voire un militant dans son domaine. J’ai eu de grands bonheurs à organiser des rencontres avec des auteurs, des débats sur des sujets d’actualité.
Mais cette activité n’est généralement « rentable » ni pour le libraire ni pour l’auteur invité, et c’est avant tout un engagement citoyen de l’un et l’autre qui offrent leur temps (et même parfois leur argent en frais et déplacements), car la vente des livres ou la publicité induite sont peu importants.

Si il existe dans certains villages ou quartiers une place pour des cafés-librairies, citoyens et associatifs ou parfois commerciaux, cette « diversification » ne peut être un moyen de survie ou de développement pour la majorité des libraires, débordés par leur travail quotidien qui dépasse souvent le raisonnable.

Il existe une grande confusion, dans le débat public, sur le rôle et le financement de la culture en général et du livre en particulier.
Les bibliothèques et médiathèques, services publics indispensables financés par les impôts, se doivent de participer à la diffusion des livres et de la lecture, favoriser les débats et l’éducation populaire.
L’école est le lieu principal d’apprentissage de la lecture, de la littérature, de la culture.
Les MJC et autres associations d’éducation populaire ont un rôle fondamental pour le lien social et méritent des subventions pour leurs actions.
Dans des centaines d’associations culturelles non subventionnées, des bénévoles agissent dans ces domaines de l’alphabétisation, de la culture…

Faudra-t-il subventionner les librairies indépendantes pour conserver un réseau de distribution de livres neufs permettant de maintenir la diversité de l’offre de livres au-delà des best-sellers mis en avant par la grande distribution, ou au contraire faudra-t-il obliger les grands distributeurs à vendre l’ensemble des livres ?
En l’état actuel de notre société capitaliste, la majorité des librairies indépendantes sont des entreprises commerciales : si elles ne vendent pas assez de livres et/ou si elles n’ont pas assez de marge commerciale, elles ne peuvent survivre ou ne peuvent être transmises.

Il n’y a plus guère de cordonniers dans nos villes et nos villages, les quincailleries de centre ville ont pratiquement disparu.
Il n’est pas inenvisageable que les librairies disparaissent à leur tour.
Est-ce d’abord une question économique, ou bien une question sociétale, d’urbanisme, de mode de vie ?

Depuis mon fauteuil à ma librairie, sur mon vélo pour m’y rendre ces cinq dernières années, j’ai vu mourir à petit feu le centre ville qui m’entoure.
Voilà le deuxième chapitre de mon témoignage qui approche.
Il sera consacré à la mort des centre-villes et les dégâts de l’étalement urbain…

                                                À suivre…

On peut télécharger la version PDF de ce premier épisode ici :  episode1

 

Meilleurs voeux pour 2018…

carte_taiwan

Cette nouvelle année commence pour la librairie L’An Demain par … un mois de fermeture !!!
Quittant Narbonne pour la première fois en 5 ans, nous allons entreprendre un grand voyage et passer un mois à Taiwan.
Notre fille y vit, y étudie, y travaille depuis deux ans et c’est avec bonheur que nous allons partager ce temps avec elle et son compagnon.
La librairie sera donc fermée à partir de vendredi 12 janvier jusqu’au mardi 19 février.

clap3Mais cette nouvelle année apporte aussi beaucoup d’incertitudes pour l’avenir de la Librairie L’AN DEMAIN.
Depuis 5 ans, nous faisons le pari qu’il existe dans notre région une place pour une librairie spécialisée dans les domaines de l’écologie et du patrimoine.
Et depuis 5 ans, par un travail incessant de recherche et de communication, nous avons réussi à créer à la fois un stock pertinent et reconnu, et une clientèle, un cercle d’amis fidèle, en lent développement.

Mais la triple aggravation de la crise économique, de la désertification commerciale du centre ville et de la baisse de la vente des livres nous a frappé de plein fouet en 2017.

Notre librairie est dans une impasse car la diversification dans l’édition a certes apporté un plus économique, mais insufffisant pour en assurer l’équilibre.

La Librairie ré-ouvrira donc le 19 février 2018, mais il est très probable qu’elle doive fermer définitivement avant la fin de l’année 2018, pour nous emmener vers d’autres horizons et d’autres projets.
Le local et le fonds de commerce sont déjà en vente, et si vous connaissez un continuateur éventuel, ou simplement quelqu’un intéressé par l’achat du local, n’hésitez pas à en parler : même au bout du monde, je répondrai à tous les mails et à toutes les demandes d’information.

Mes vœux pour 2018 sont ainsi très particuliers, mais sincères : que l’année vous apporte de belles choses, et entretienne en vous les espoirs d’un monde meilleur…

à bientôt…

Martin Guillemot

Pour ne pas oublier….

Pour ne pas oublier….

Notre monde va si vite, que le présent disparait poussé par la recherche permanente de l’illusion du bonheur apportée par la consommation de nouveautés…
Tout notre système consumériste libéral est basé sur cette insatisfaction pernicieuse qu’entretient le désir de neuf et d’émotions nouvelles.

Y’a t il encore une place pour la préservation de la mémoire et du patrimoine ?

alaricJe n’ai pas encore présenté sur ce blog la collection des ouvrages écrits et édités par l’association « Vilatges al pais« .
Depuis des dizaines d’années cette association, aidée par le Conseil Général, travaille à préserver, enregistrer et diffuser la mémoire des villages de l’Aude.
Les livres qui synthétisent ce travail, qui a comporté en amont de nombreuses réunions et entretiens, sont des objets éditoriaux inclassables.
Le dernier opus est consacré à l’Alaric et s’intéresse aux communes de Barbaira, Camplond’Aude, Capendu, Comigne, Douzens, Fabrezan, Floure, Fontcouverte, Fontiès d’Aude, Largesse, Montlaur, Monze, Moux, Pradelles-en-Val et Ribaute.
Venez les feuilleter à la librairie, vous découvrirez tout un monde …

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Il reste quelques exemplaires à la librairie du volume consacré au Canton de Coursan qui date de 2005 et qui est quasi épuisé…

Mais sera-il réimprimé? Et le travail de l’association Villages al Pais pourra-t-il continuer?
Car comme signe supplémentaire de l’oubli, le Conseil Général et autres financeurs ont réduit leur aide et l’avenir n’est pas sûr pour ces retours vers le passé.

 

 

 

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Jacques-Michel DUCROS est un autre cas à part !
Retraité, il s’est mis à écrire, rechercher, rassembler, photographier sa région d’adoption et a écrit des ouvrages sur le patrimoine des Corbières, de Narbonne, de Perpignan…
Il pensait au début s’adresser aux touristes: ses livres, dont il a lui-même réalisé les cartes, les photos et les textes si rigoureux qu’ils en deviennent poétiques, s’adressent en fait à nous tous, à notre besoin de nous retrouver les pieds sur sur terre…
Auto-édités, imprimés à Narbonne, distribués par l’auteur, ces livres méritent l’attention de chacun…

 

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Les éditions du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise font depuis des années un travail remarquable avec leurs Cahiers du Parc.
Collection pluridisciplinaire, ouvrages souvent collectifs, travail éditorial qui s’affirme d’année en année, mais diffusion bien trop confidentielle (compliquée par le caractère public du PNR).
Apportons tous notre soutien à ce travail irremplaçable…

 

La fin du patrimoine ?

Si vous avez des doutes sur les risques de disparaisse cette relation indispensable avec le passé et le territoire, allez jeter un oeil sur le site internet « touristique » chargé de vanter auprès des touristes la région le territoire du Grand Narbonne
Visit-lanarbonnaise.com

Un prochain post de blog reviendra bientôt sur cette question : voulons-nous vraiment comprendre et conserver les expériences du passé, connaitre et diffuser l’histoire pour agir au présent de manière à préserver l’avenir de la planète et de notre humanité ?

En attendant, soutenons, pendant qu’il est encore temps, les passeurs du patrimoine et leurs publications « à l’ancienne » sans site internet ni quadrichromie cliquante !!!
Tous ces livres sont en vente à la librairie L’AN DEMAIN en plein coeur historique et patrimonial de Narbonne…..

 

 

 

 

Des arbres et des microbes….

La survie de l’espèce humaine sur terre ne tient plus qu’à un fil…
Pourquoi ce fait évident continue à passer inaperçu de nos concitoyens qui élisent des hommes politiques qui nient l’évidence (Trump aux USA, mais aussi Macron en France), inaperçu aussi des décideurs et des journalistes faiseurs d’opinion ?

Comment peut on encore ne pas voir que tout ce que l’homme continue à détruire nous approche inexorablement du point de non retour.
Les rythmes des grands cycles du climat, des grands cycles des éléments, des forêts, des  populations bactériennes ou de l’extinction des espèces sont si largement différents de la durée d’une vie humaine que l’homme égo-centré a perdu toute compréhension du monde qui l’entoure.

Pour retrouver un sens, l’homme n’a plus que son cerveau, son raisonnement, ses pensées. Les livres peuvent alors jouer un grand rôle, s’il sont lus !
Mais le sont-ils encore ?

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La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben a été acheté par plus de 650000 personnes en Allemagne et traduit en 32 langues. Ses millions de lecteurs en tireront-il les conclusions qui s’imposent à sa lecture : l’homme n’est pas le centre de tout mais sa vie dépend des autres formes de vie sur Terre…

éditions Les Arènes
264 pages 20,90 euros

 

 

 

 

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Le manifeste pour une agriculture durable de Lydia et Claude Bourguignon fait moins de 70 pages et n’aura pas le même succès.
Il le mériterait : ce manifeste crie à l’humanité qu’elle court à la famine si elle continue de détruire ses sols et leur vie microbienne comme elle le fait depuis un siècle.
Mais les deux auteurs l’affirment (et ce fut le sens de toute leur vie engagée) : il est encore (tout juste) temps de tout changer !

éditions Actes Sud
70 pages  9 euros

 

Lisons, partageons ces deux livres et bien d’autres puisque le monde semble sourd….

Environnement et patrimoine… au mois d’août !

 

guide vert2La région de Narbonne reçoit l’été des dizaines de milliers de visiteurs.
La plupart cherchent le repos, le dépaysement, la mer et le soleil.
Beaucoup espèrent des rencontres, des découvertes, des émerveillements.

L ‘environnement naturel, le patrimoine historique de la région sont extrêmement riches, et beaucoup est fait pour informer, guider et divertit le visiteur.
De nombreux festivals, marchés, foires, expositions, animations fleurissent jusque dans les petits villages pour accueillir et partager.
Internet, smartphones et réseaux sociaux sont utilisés pour informer à la vitesse de la lumière…

Cependant le désir de découvrir, comprendre, de se souvenir est toujours présent chez chaque visiteur, et le numérique n’a pas pris la place du texte et de l’image imprimée.
Guides touristiques, guides de randonnées, beaux livres sur le patrimoine, cartes postales originales sont toujours appréciés et recherchés. Mais ont-ils su s’adapter ?

Le touriste d’hier, un guide touristique et une carte dans le sac, achetait des cartes postales et un beau livre de photos ou d’histoire locale à la librairie du village, et ces souvenirs rapportés et classés, rangés avec les albums de photos dans la bibliothèque familiale,constituaient une mine d’émotions toujours à portée.

Qu’en sera-t-il demain quand l’information aura été fournie par le smartphone, l’itinéraire par le GPS et les photos souvenirs seront stockées dans l’ordinateur portable à la merci d’un crash du disque dur ou de l’obsolescence du matériel ?

Éditeurs et libraires régionaux sont conscients de l’enjeu.
A la librairie L’An Demain, on y pense beaucoup : on essaie de proposer le plus large choix de bons livres sur le patrimoine et l’histoire et, dans le domaine de l’édition,  on a de beaux projets pour compléter les deux premiers ouvrages publiés sur Leucate.

A bientôt de vous rencontrer à la librairie, pour feuilleter des livres et échanger des idées, sur ces sujets ou d’autres …

Notre-Dame-des Landes : L’abandon, c’est maintenant !

affiche

Ce post de blog est entièrement offert à la coordination des opposants à l’aéroport de Notre dame des Landes.
Un victoire de cette lutte exemplaire donnera un élan gigantesque aux opposants aux grands projets inutiles partout en Europe, donnera courage et reconnaissance à tous les citoyens et groupes qui oeuvrent au qutidien pour préparer le monde d’après….

En avant vers l’abandon définitif du projet !

La préparation de notre événement de l’été se situe dans une phase charnière, où nous avons marqué des points en terme de retard des travaux, sans avoir arraché l’abandon définitif, objectif fédérateur de notre lutte.

Nous avons tenu ! Tenu sur nos trois piliers !

Tenu sur la zone !
Après le séisme de l’automne 2012, et son opération César, nous avons préservé collectivement le territoire de la Zad, paysans résistants depuis longtemps installés, habitants récents, citoyens-soutiens très présents. La vie a pu continuer et des projets agricoles pérennes ont pris forme, grâce à Sème ta ZAD et au COPAIN sur la ferme de Bellevue et sur les terres menacées. Des travaux variés sur le terrain notamment avec les Naturalistes en lutte ont encore enrichi notre expertise collective et mis sérieusement à mal les propositions de « compensation » d’AGO-Vinci. Des liens se sont noués, la Zad est plus peuplée, mieux cultivée au printemps 2014 qu’elle ne l’a jamais été. La manifestation du 22 février a montré l’énormité du soutien, tant paysan que populaire, à la défense du territoire menacé. La mobilisation éclair pour Saint Jean du Tertre a sauvé la ferme et donné des garanties pour l’avenir !

Tenu sur le juridique !
Après la décision de garder ouvertes les pétitions par la Commission des Pétitions à Bruxelles en septembre 2013, et malgré la volonté des porteurs du projet de vider à nouveau la ZAD, les arrêtés autorisant le début des travaux ont tardé jusqu’à fin décembre 2013 : peut-être le préfet avait-il conscience de leur fragilité juridique… Ils ont été immédiatement attaqués, tandis que les diverses procédures concernant les expropriations – appel en Tribunal Administratif, Conseil d’État et Cassation – se poursuivent opiniâtrement. Nous venons d’apprendre le lancement par la Commission Européenne d’une procédure d’infraction contre la France, pour cause de fractionnement du dossier et d’insuffisance d’étude d’impact environnemental global !

Tenu sur le plan politique !
Si les porteurs régionaux (CR, CG, Nantes métropole…) n’ont pas été ébranlés sur leurs (mauvaises) bases, les instances politiques nationales ne peuvent plus ignorer ce dossier. Un accord politique capital a été arraché au PS, au prix d’une grève de la faim de 28 jours, en mai 2012 ; il stipulait qu’il ne pouvait y avoir d’expulsions tant que certains recours n’étaient pas menés à leur terme.
Faute peut-être d’autres choix, Jean-Marc Ayrault, encore premier ministre, a acté en février que le début des travaux attendrait le rendu de tous les recours déposés. Cette position a été confirmée par les accords de deuxième tour entre le PS et EELV lors des élections municipales de mars à Nantes et Rennes. Enfin elle a été reprise par Ségolène Royal, nouveau ministre de l’environnement. La volonté politique affichée de respecter le déroulement des procédures juridiques en cours est un premier pas. Nous attendons donc fermement et sereinement, en ne lâchant rien sur le terrain, que tous les recours, notamment ceux concernant la Loi sur l’Eau et l’autorisation de destruction d’espèces protégées, soient apurés aux niveaux national et européen.

S’ils ne peuvent en eux-mêmes représenter la victoire définitive, les retards annoncés sont néanmoins très positifs, tant il devient de plus en plus éclatant, au fur et à mesure que le temps passe, que ce projet est d’un autre âge, périmé jusqu’à l’absurde au vu des actuelles connaissances et législations !

Mais c’est l’abandon pur et simple du projet qu’il nous faut obtenir ! Celui qui permettra que les paysans et habitants vivant sur la zone puissent se projeter enfin dans l’avenir et y fassent émerger de nouveaux projets durables ; celui qui permettra l’optimisation de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique si elle s’avérait un jour nécessaire !
Cet abandon confortera la détermination et l’espoir de tous ceux qui sont engagés dans la lutte contre les Grands Projets Inutiles et Imposés, dévoreurs de terres, de biodiversité, de ressources aquatiques ou fossiles, de subventions publiques !

Le rassemblement des 5 et 6 juillet sur les terres de Bellevue à Notre Dame des Landes sera précédé par des évènements et des caravanes de convergence partant de plusieurs lieux de luttes emblématiques partout en France. Soyons nombreux à les accompagner !

En 2012, nous avons dit « La lutte, c’est maintenant ! »
En 2013, « toujours présents, toujours résistants, plus légitimes que jamais ! Enterrons le projet ! »
En 2014, osons dire : « l’abandon, c’est maintenant ! »
Maintenant qu’il faut l’arracher ! La victoire définitive est à la portée de nos efforts !
Réussissons lors du rassemblement – convergences 2014 une nouvelle mobilisation exceptionnelle !

Coordination des opposants au projet de Notre Dame des Landes : 50 groupes (associations, syndicats et mouvements politiques)

 

Si la forteresse de Leucate n’avait pas été détruite en 1665…

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Samedi 21 Juin, à 10 heures au foyer de LEUCATE, se déroulera la présentation officielle du livre de Claude Guillemot « Le Château Fantôme, vie et mort de la forteresse de Leucate » édité par les éditions de l’An Demain.

Ce sera un moment émouvant pour les auditeurs dont beaucoup découvriront (ou re-découvriront) l’histoire incroyable de cette forteresse monumentale qui, si elle n’avait pas été détruite en 1665 sur ordre du roi Louis XIV, trônerait au sommet du village, imposante et signifiante…

Cette histoire trop longtemps oubliée et peu étudiée va ressurgir grâce au travail de Claude Guillemot qui, quelques mois après s’être installé à Leucate, s’est plongé cœur et âme dans la rédaction de cet ouvrage. Le destin ne lui a pas offert le bonheur de présenter lui même aux Leucatois son travail et partager sa passion car il est mort quelques jours après avoir fini les dernières corrections de son manuscrit.

La librairie L’An Demain, et donc son fils puisque c’est bien de mon père qu’il s’agit, a poursuivi le chemin, et ce bel ouvrage se dévoile en ce jour de solstice….

Je vous attend nombreux à cette « conférence » particulière qui sera suivie d’une visite informelle du site.

A samedi….

Les deux premières pages du livre pour vous, lecteurs du blog…

page5« Il a enfilé son sac à dos, protégé sa tête du soleil avec un
improbable chapeau de paille acheté au marché de Leucate et, armé
d’une canne à bout ferré, il a attaqué la montée par la rue de l’Église,
face nord. Son fils, impatient et insensible à la rudesse de la pente,
court devant comme un jeune chien fou. Au pied de la butte, à l’ombre
d’un bois de pins, un escalier aux marches inégales et inconfortables
s’élève vers le sommet. Partout alentour ce n’est qu’un chaos
de blocs renversés, énormes agglomérats de cailloux, de chaux et
de terre durcie, envahis par les ronces. Quelques pierres taillées
et assemblées figurent ça et là des ébauches de murailles. Tout en
haut, une chapelle, datant visiblement de la fin du XIXe siècle, un
calvaire : trois croix de bois fichées dans des supports en béton.
Depuis ce sommet, l’homme peut discerner à ses pieds des alignements
de blocs, qui semblent dessiner des formes géométriques,
mais rien qui ne ressemble vraiment à un château…

 

Heureusement, pour atténuer la déception, il y a la vue, une
vue admirable que la tramontane, en nettoyant l’atmosphère, a rendue
précise et lointaine. Au sud, l’étang de Salses-Leucate, la plaine du
Roussillon, plus loin la chaîne des Pyrénées. A l’est, la mer, le cordon
littoral, et les rares espaces sauvages noyés dans la myriade des
constructions de Port Leucate et Port Barcarès. Au nord, le village, au
pied de la butte, et derrière, le plateau et son lacis de chemins et de murets
de pierres. A l’ouest, les Corbières sauvages, le village de Fitou…
L’homme s’est assis pour contempler le spectacle. Il a presque oublié
l’objet de son expédition.
Mais l’enfant, lui, n’a rien oublié.
– Papa, il est où le château ?
La question, précise et abrupte, vient rompre le charme. Le
père réfléchit un long moment, parcourant des yeux le désordre des
éboulis. Puis il se penche à l’oreille de son fils, comme pour lui
confier un secret.
– C’est un château fantôme…
Cette réponse a le don de satisfaire l’enfant en nourrissant
son imagination de rêves et de chimères, mais elle ne saurait
dissiper le mystère du château de Leucate.
Si l’on s’en tient à la stricte définition du mot fantôme dans
le dictionnaire : «terme souvent ajouté à des noms de choses abandonnées,
disparues, ou échappant à la perception directe», le père a
raison.
C’est pour que cette forteresse disparue, abandonnée, échappant
à la perception directe, retrouve sa forme, sa vie et son histoire,
que ce livre a été écrit. Pour que les visiteurs qui, nombreux,
escaladent la butte, ne redescendent pas déçus, sans savoir, pour la
plupart, qu’ils sont passés en un lieu exceptionnel, un de ces lieux
où l’histoire de France a un jour basculé, un haut lieu de mémoire
aujourd’hui oublié. »

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René Dumont, une vie saisie par l’écologie

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……Ce sont ces problèmes que le mouvement écologique veut soumettre aux Français. Pour les résoudre, il faudra réinventer toute une civilisation. Car nos conditions de vie et de travail continuent à se détériorer, et les inégali­tés sociales s’accentuent. De multiples conflits traduisent cette situation de crise. Elle ne peut que s’aggraver.
C’est un seul et même système qui organise l’exploita­tion des travailleurs et la dégradation des conditions de vie et qui met en péril la Terre entière. La croissance aveugle prônée par les partis ne tient compte ni du bien-être, ni de l’environnement. Dans ce système, le coût de la pollution, puis de la dépollution sont additionnés pour gonfler le chiffre de la production alors qu’en réalité le bilan est nul, voire négatif. Les produits conçus pour se détériorer aussitôt après l’achat, les ordures qui s’accu­mulent, les fabrications d’armes, le recours à des tech­niques toujours plus lourdes et plus dangereuses : notre société s’emballe sans autre objet que de se reproduire….

….Au nom de ce projet, les gouvernements invoquent la mystique du progrès. Soyons clairs : un progrès dont la rançon est si lourde, pour notre santé, pour nos enfants, pour les travailleurs, n’est pas le progrès. La croissance n’a pas supprimé les inégalités en France : elle les a accentuées.
Au contraire, une minorité de privilégiés bénéficie de la croissance et se réserve soigneusement un cadre de vie agréable. Toutes les décisions sont concentrées entre ses mains. La centralisation s’étend à tous les domaines et transforme les citoyens, privés d’information, en robots de la production et de la consommation. Dans ce sys­tème, les femmes n’ont pas le droit à la parole ni même à la liberté de disposer de leurs corps en matière de contraception et d’avortement.
Dans ce système, un Breton n’a pas le droit d’être breton. Les cultures régionales sont niées, l’uniformité est la règle.

Notre « expansion » a été pour une bonne part réalisée grâce au pillage du tiers-monde, du fait du sous-paiement des matières premières, y compris le pétrole jusqu’en 1971. Ce pillage a permis notre invraisemblable gas­pillage de toutes ces denrées. La contrepartie en est la famine qui s’étend de plus en plus, du Sahel à l’Ethiopie, dans les Andes, au Bangladesh et en Inde. La famine est due à la démolition des structures traditionnelles, des habitudes séculaires, des réserves de grains, et à une expansion inconsidérée des cultures d’exportation. Elle est due aussi aux dépenses abusives des élites qui veulent vivre à l’occidentale aux dépens de l’équipement agricole et industriel de leur pays………

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Ceci est un petit extrait d’un tract distribué en 1974 pendant la première campagne présidentielle d’un candidat écologiste René Dumont.
René Dumont recueillit 1,32% des suffrages.

Quarante ans ont passés… avons nous avancé ?

Le livre de Jean-Paul Besset « René Dumont, une vie saisie par l’écologie » a été réédité en 2013 par les éditions Les petits matins.

Un livre à lire. Une vie à méditer.
Et j’espère des envies d’actions !

Présentation de l’éditeur :

 » Je suis un honnête homme du XVIIIe siècle égaré au XXe siècle « , disait René Dumont de lui-même. Témoin et acteur d’un siècle dont il a partagé de bout en bout les révolutions, les drames et les désillusions, l’agronome de la faim est resté intensément fidèle à l’horizon qu’il s’était fixé dès sa jeunesse : nourrir les hommes en se préoccupant d’abord des multitudes paysannes des pays du Sud, ces nouveaux damnés de la terre auxquels même la terre se dérobe. Dix ans après sa mort, au moment où le vieux monde s’effondre, on s’aperçoit que les lucidités de ce crapahuteur des savanes et des steppes éclairent crûment les principales tendances de l’époque. Les vérités de Dumont, tirées d’innombrables voyages d’étude sur les terrains de la planète, constituent autant de morceaux de bravoure qui sont devenus aujourd’hui les repères d’un nouveau monde qui peine à naître. Cet homme rétif à tous les dogmatismes, réformateur radical, moraliste intransigeant, accompagna les grandes causes de l’humanité – le socialisme, le pacifisme, le tiers – mondisme, le féminisme – jusqu’à devenir, lui le héraut du productivisme agricole, un pionnier flamboyant de l’écologie, dont il fut le premier à porter les couleurs lors de l’élection présidentielle de 1974. . Un homme à part, un homme libre.

La fameuse vidéo du verre d’eau :