épidémie d’Amazonite….

Les deux confinements successifs, accompagnés de la fermeture imposée des commerces « non essentiels », ont offert aux grandes plateformes de vente en ligne une occasion en or pour prendre définitivement le dessus sur toutes les autres formes de commerce, y compris les super et hypermarchés. Mais les grands noms de la grande distribution, alimentaire ou non, se sont déja préparés depuis quelques temps, avec les « drive » ou le développement de leurs propres plateforme d’achat en ligne, accompagnées de retrait en magasin ou de livraison à domicile et le click & collect n’est pas une nouveauté dans leur monde et pour leurs consommateurs….

Les conséquences macro-économiques sont importantes : un symbole en est la croissance de la fortune du PDG d’Amazon, qui a été fort commentée. On a moins parlé des résultats en forte hausse et des dividendes généreux versés aux actionnaires par les grandes enseignes en France, en même temps qu’elles licencient, tout en encaissant des aides de l’Etat.

Mais c’est une autre facette de ce bouleversement que je vais évoquer brièvement dans cette note de blog : la victoire par KO, favorisée par les décisions politiques, d’un mode de consommation et, plus fort encore, d’un système d’échanges basé sur le numérique et la communication virtuelle.

En résumé on peut dire que le monde économique et politique adepte de l’ultralibéralisme a profité de la crise sanitaire pour transformer le citoyen en « Amazonien », qu’il soit producteur, commerçant, livreur ou consommateur. La victoire d’Amazon et consorts n’est que secondairement économique, elle est d’abord « culturelle ».

Je vais prendre l’exemple des librairies, puisque c’est mon activité présente, mais la démonstration peut être faite pour toutes les activités humaines, de l’agriculture aux services à la personne, en passant par l’habillement ou les transports par exemple.
Anomalie dans le monde de l’hyperconcentration, il existe en France des milliers de librairies indépendantes et des millions de clients qui les fréquentent. Certes la situation de ces petites librairies n’était pas facile, beaucoup de libraires travaillant dur pour des revenus insuffisants, voire ne pouvant payer décemment les salariés qualifiés qui y travaillent. Mais, bon an, mal an, il se crée chaque année autant de librairies qu’il en disparait.

La fermeture administrative des librairies au printemps fut un coup dur. Mais elle fut suivie d’une embellie cet été, principalement grâce au choix des clients-consommateurs de soutenir par leurs achats un système qu’ils apprécient (on peut stocker des livres à lire plus tard).


Il fallait une deuxième couche plus efficace. La belle idée fut le Click & Collect proposé, voire imposé, aux petits commerçants pour ce deuxième confinement. L’effet fut immédiat. Les clients, autrefois habitués à flaner, fouiner chez leur libraire, à demander conseil voire échanger entre clients, se mirent devant leurs écrans à cliquer, à payer par « système de paiement sécurisé », taper des codes et des adresse mail, poster des commentaires virtuels.
Les librairies se transformèrent en mini-Amazon, les libraires et leur salariés se mettant à vivre l’enfer des employés d’Amazon, compliqué par leur amateurisme dans ces domaines. Téléphone, mails, SMS, Messenger, de partout des messages et des commandes virtuelles. Et puis imprimer des bons de préparation, des bons de livraisons, des étiquettes adresses et des factures. Et encore commander des emballages, les remplir, les étiqueter, les livrer aux transporteurs. Les réclamations et les colis perdus sont la cerise sur le gâteau. Tout ça en plus du travail habituel de commandes et gestion de la librairie.
Et, pour couronner le tout, organiser la « collecte », sur le pas de la porte, derrière un masque et protégé par une table dans une relation dégradée et frustrante avec les clients apeurés parfois, craignant d’enfreindre les règles sanitaires et de condamner leur ami libraire à une forte amende…

Réussite absolue: en quelques semaines, la transition numérique, que semblait refuser d’engager la filière, devient une réalité.
Et pour négocier la réouverture, de nouvelles règles sont acceptées qui dénaturent le métier, dont la moindre n’est pas l’interdiction de feuilleter les livres (même si cette interdiction n’est pas actée, le fait qu’une ministre de la Culture l’ai proposée est un signe en soi).

Naomi Klein, dans La stratégie du choc, théorisait en 2007 la capacité du capitalisme à profiter des crises pour avancer ses pions.
On se rapproche à toute vitesse de l’échec et mat…..

A moins que….
à moins que, en se croyant assez fort pour porter l’hallali, le système Amazon ne soit allé trop vite, en offrant pour de vrai une telle vision d’horreur de l’avenir qu’il propose et qu’en réaction émerge un grand réveil citoyen, fondé sur l’échange vrai, le débat entre égaux, le livre papier et l’affiche en carton…
Quoique qu’il en soit, l’avenir n’est pas écrit d’avance…

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