Bruit et confinement….

La période de confinement a fait vivre des milliards d’urbains dans des conditions d’environnement qu’ils n’avaient jamais connues.
On a ainsi beaucoup parlé de la baisse de la pollution de l’air qui dans certaines villes a modifié le paysage et fait redécouvrir le ciel bleu.
On a beaucoup photographié et filmé des avenues et des grandes places historiques désertes et sans voitures.
On a glosé sur le retour des animaux sauvages dans le coeur des grandes villes.

Mais le facteur qui a le plus été modifié, qui pourtant saute aux yeux -ou plutôt aux oreilles- la été moins commenté. L’apparition du silence au coeur de nos villes fut soudaine et remarquable.
Et avec le silence le retour de petits bruits de la nature ou des hommes qu’on n’entendait plus : chants d’oiseaux ou d’insectes, bruits de vaisselle du quotidien, roulement des pédaliers des vélos, variété des bruits de pas des piétons…. et tant d’autres….

Plus remarquable et douloureux pour nos oreilles fut le retour du bruit lors du déconfinement, avec la reprise de la circulation motorisée à grande échelle…
Beaucoup d’entre nous eurent l’impression que le bruit ambiant était plus fort encore qu’avant, comme si nos oreilles s’étaient déshabituées du bruit, toutes ouvertes qu’elles s’étaient trouvées pour profiter du silence…
Et l’impression dure : nous souffrons du bruit au quotidien plus qu’avant.
Est-ce celà « le monde d’après » ?

J’ai donc récemment commencé à chercher sur internet si c’était mes oreilles qui me trompaient ou bien si cette impression était partagée. Et j’envisageais, intuitivement, une réponse par la physiologie humaine….

Banco !!!
Après quelques minutes de recherches, je tombe sur un dossier du Journal le Monde, très bien fait et qui répond à toutes mes questions.
Dossier bien entendu réservé aux abonnés et qui aurait été illisible pour moi sans le secours d’un blogueur qui (un peu au mépris des droits d’auteurs) l’a repris. Et comme je considère cette reprise comme un hommage d’utilité publique, je vais partager ce partage ci après….

Quand vous l’aurez lu et digéré, nous tenterons d’en tirer les conclusions qui s’imposent dans un prochain post du blog de l’An Demain.


Le confinement, une « parenthèse enchantée »
à la pollution sonore : Dossier

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Avec la diminution drastique des émissions sonores, notamment celles issues des transports, la période de confinement a profondément modifié le rapport au bruit de nombreux Français.

Pendant le confinement, Simon a découvert le plaisir de télétravailler les fenêtres ouvertes. Cybèle*, elle, a appris à reconnaître le chant des perruches à collier. Coutumière des bouchons d’oreille depuis des années, Mélusine les a remisés dans le tiroir, profitant de nuits calmes, grâce à la forte diminution du trafic routier et à la fermeture des « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays », le samedi 14 mars à minuit.

Pour sonder ce nouveau rapport au bruit, Le Monde a lancé un appel à témoignages, qui a recueilli en quelques heures une centaine de réponses de femmes et d’hommes de tous âges, vivant à la campagne ou en ville. A l’unisson, ils témoignent d’un paradoxe : celui d’avoir pu « entendre le silence ». La nette diminution des nuisances sonores a également été constatée par les observatoires français spécialisés qui disposent de stations de mesure acoustique.

« Un silence inhabituel »

En Ile-de-France, l’association Bruitparif rapporte, dans une analyse publiée début juin, avoir observé « un silence inhabituel » avec le confinement. A Paris, le long du réseau de voirie, l’indicateur Lden (niveau de bruit pondéré sur vingt-quatre heures) a ainsi diminué de 7 décibels dB (A) sur l’ensemble des huit semaines de confinement par rapport à la situation habituelle, soit une chute d’environ 80 % des émissions sonores. Dans les zones animées, les soirs de week-end, la baisse moyenne par rapport à la normale a été très marquée – « de 6,9 à 19,6 décibels de moins selon les quartiers ». Les nuisances sonores subies par les riverains des chantiers et des aéroports franciliens, dont l’activité s’est effondrée avec la crise sanitaire, se sont également fortement réduites.

L’organisme lyonnais Acoucité, qui s’intéresse essentiellement au bruit routier et observe des stations de mesure situées dans plusieurs métropoles, a lui aussi constaté une baisse des niveaux sonores moyens en lien avec les restrictions de déplacement imposées aux Français le 17 mars.

Une réduction du niveau sonore moyen majoritairement comprise entre 4 et 6 dB

La réduction de l’indicateur Lden observée par l’association Acoucité, représentée sur ce graphique, correspond dans la plupart des cas à une baisse de « 60% à 75% de l’énergie sonore » entre la « situation normale » (période du 6 janvier au 15 mars 2020) et le confinement.

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Quelles conséquences pour notre perception auditive ? Une diminution du niveau sonore de 3 dB est déjà perceptible à l’oreille, fait savoir Bruitparif, et à partir de 5 dB l’amélioration est nette. Une diminution du niveau sonore de 10 dB est quant à elle ressentie comme une division par deux du bruit.

Place Bellecour, important point de passage et de rencontres à Lyon, la réduction du niveau de bruit moyen observé la nuit, de 22 heures à 6 heures du matin, a même dépassé ce seuil. Elle a atteint « une valeur supérieure à 11 dB (équivalant à une diminution de plus de 92 % de l’énergie sonore) », notait Acoucité dans un document diffusé le 11 mai. Le niveau sonore moyen observé à cet endroit vers 2 heures du matin était ainsi d’environ 39,7 dB (A) pendant le confinement contre 51,1 dB (A) avant le confinement – soit l’équivalent d’une cour intérieure contre une rue calme sans trafic routier.

Mais le bruit est peu à peu revenu dans la métropole lyonnaise, notamment avec le début du déconfinement, le 11 mai. Pour Patricio Munoz, le directeur d’Acoucité, il faudra encore attendre quelque temps pour faire une analyse méticuleuse des niveaux sonores actuels, mais ceux-ci « semblent proches des valeurs habituelles ». En Ile-de-France aussi, Bruitparif témoigne de la remontée des niveaux sonores dans les quartiers animés et le long des axes routiers. Les nuisances sonores sont « réapparues aux abords de la plupart des chantiers, avec des niveaux de bruit moyens proches de ceux observés avant le confinement », ajoute l’organisme.

Un rapport au bruit bouleversé

Quelle incidence sur notre tolérance au bruit ? Pour Mathieu, traducteur à Paris, ce retour à « la vie normale » constitue « une agression sonore ». « Comment je faisais avant ? », s’interroge le quadragénaire, évoquant le confinement comme « une parenthèse enchantée ». Selon Acoucité, ces deux mois d’accalmie sonore ont en effet profondément modifié notre rapport au bruit :

« La modification de l’environnement sonore durant la période de confinement ne s’est pas limitée à la réduction de l’énergie sonore. La baisse des niveaux s’est en effet accompagnée d’une réorganisation complète de la hiérarchie de la perception des sonorités. »

Durant cette parenthèse, les bruits naturels n’étaient plus en retrait. Richard*, 28 ans, enseignant à Poitiers, évoque ainsi une « métamorphose » de son environnement sonore « dès le premier jour » du confinement. Pour lui, ce n’est pas le silence qui a envahi la ville, mais « de nouveaux bruits ». Ceux du vent dans les arbres, des oiseaux, des enfants qui jouent et pleurent.

Nombreux sont ceux qui témoignent des bienfaits de cette nouvelle perception sonore induite par le confinement. « Le silence apporte de la sérénité, on se sent moins prisonnier d’un environnement », constate Cybèle, employée à la Ville de Paris, qui a profité de ces deux mois pour découvrir le chant des oiseaux, « pies, rossignols, hirondelles… » :

« Ces bruits de nature constituaient un moyen de m’évader, de sortir de mes pensées et de la pesanteur du quotidien. »

La transformation s’est révélée d’autant plus marquante pour les riverains habitués au bruit ambiant. « Du jour au lendemain, plus rien », se souvient Jean-François, 48 ans, habitant à Habsheim, non loin de Mulhouse, à la lisière d’une grande forêt. Cette petite ville alsacienne « à 500 mètres de l’autoroute, à 400 mètres de la voie ferrée, et [qui] voit défiler une noria d’avions en provenance de l’aéroport situé à quelques kilomètres », détaille le quadragénaire, a pu profiter de « nuits plus tranquilles ».

L’accalmie soudaine a surtout souligné avec acuité les désagréments que constitue habituellement la pollution sonore, aussi bien en ville qu’à la campagne. « Le silence du confinement m’a fait réaliser à quel point il était fatiguant pour le cerveau de composer avec cette gêne permanente », souligne Simon, Parisien de 27 ans, dont « la tolérance aux bruits urbains a diminué depuis cette période ».

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« Mon corps se tend »

En cela, le dé-confinement a rendu le retour du bruit intolérable chez certains. « Le bruit est devenu une nuisance plus difficile à supporter quand on sait qu’il est possible de l’éviter », estime François, 42 ans, médecin à Paris. Il rappelle les conséquences de la pollution sonore : « moins de sommeil, moins de patience, moins d’amabilité, moins de concentration, donc plus d’erreurs en tout genre ». L’Organisation mondiale de la santé la classe d’ailleurs « parmi les principaux risques environnementaux pour la santé ».

En Ile-de-France, le collectif de riverains Drapo craint ainsi les répercussions sur la santé de la réouverture d’Orly, le 26 juin, alors que le bruit associé au trafic aérien dans la zone avait « quasiment disparu à partir de la troisième semaine de confinement », comme le note Bruitparif. En ville, certains confient vivre « un enfer » depuis la réouverture des bars et la reprise du trafic automobile – les niveaux sonores le long des axes routiers tendant à retrouver le même volume qu’avant le confinement.

A Paris, le bruit routier en hausse depuis la fin du confinement

L’indicateur Lden (niveau de bruit pondéré sur 24h), représenté sur ce graphique, est remonté avec la levée progressive des restrictions de déplacement et d’activités.

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En tête des nuisances sonores décrites par les riverains, on trouve les motos, non loin devant les klaxons. Depuis son appartement parisien donnant pourtant sur une petite ruelle, Agnès les entend quotidiennement, « ma sensibilité est bien plus forte qu’avant ». Au-delà de l’agacement que cela suscite, les répercussions sont physiques, « mon corps se tend », confie cette trentenaire.

« Chaque bruit qui revient est vécu comme une agression, provoquant une montée de stress », ajoute Jean-François, qui aspire désormais à « vivre dans un endroit où [il a] le droit au silence ». Agnès, David, Morgan, Isabelle… Nombreux sont ceux qui souhaitent eux aussi changer de lieu de vie. Cybèle, elle, n’a pas les moyens de déménager, mais « veut faire avancer les choses à [son] échelle ». Elle envisage de revendre sa moto pour un vélo électrique plus silencieux.

D’autres assurent que la problématique de la pollution sonore a orienté leur vote lors des municipales. « Le facteur bruit a été décisif dans ma prise de position dans l’urne dimanche dernier en faveur d’Anne Hidalgo », commente Paul, étudiant de 23 ans. A Strasbourg, Yann, 30 ans, a voté pour la liste Europe Ecologie-Les Verts : « Je n’en pouvais plus d’entendre mon voisin faire chauffer son moteur avant d’aller travailler. »

Source de l’article original : https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/07/12/le-confinement-une-parenthese-enchantee-a-la-pollution-sonore_6045969_3244.html

Source de la reprise sur le blog Vigie écologique de Lille : http://www.vigieecolo.fr/2020/07/comment-je-faisais-avant-le-confinement-une-parenthese-enchantee-a-la-pollution-sonore.html

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