L’interview politique confinée…

Dans un précédent article de ce blog, le 26 mars, j’ai analysé le fleurissement printanier exceptionnel d’interviews virtuelles réalisées grâce aux outils de visio-conférence et de video-conversation, pour cause de confinement.
Je concluais : « Il est probable qu’après la crise, on découvrira qu’il y a, dans la domaine de l’interview journalistique, un avant et un après …. ».


Très vite les interviews politiques, même dans les grands médias, ont dû se plier aux règles sanitaires de confinement, et la plupart sont devenues virtuelles.

Au delà de l’inventivité de certains pour offrir au spectateur l’impression d’assister à une vraie interview, à l’aide de grands écrans savamment installés et astucieusement cadrés, je souhaite partager avec vous une autre conséquence de la situation : les règles habituelles et acceptées entre journaliste et politicien interrogé ont volé en éclats. Le subtil équilibre, qui permettait au journaliste de se mettre en valeur et au politicien de faire semblant d’être surpris tout en déroulant (trop souvent) ses éléments de langage, a été rompu.

Assez rapidement, l’interviewé a senti qu’il était devenu difficile pour l’interviewer de l’interrompre. Pour des raisons techniques évidemment (le léger décalage du son par exemple), mais aussi, et d’abord, à cause de l’absence physique, du non-contact visuel, de l’impossibilité de ressentir les tensions dans l’air ambiant….

On a vu des journalistes-roquets devenir plus respectueux, faute de pouvoir s’imposer.
On a vu des politiciens profiter de leur avantage pour dérouler leur discours sans accepter les questions, feignant de ne pas les entendre.
On a vu de vieux « couples » qui jouaient chaque fois la même partition se mettre à improviser de nouvelles mises en scènes.
On a même vu des interviews passionnantes et respectueuses, touchées par la grâce de la fragilité des liaisons internet.
On a aussi assisté à des cacophonies brouillonnes, inaudibles et sans sens.

Petit à petit, chacun ayant vite appris, de nouveaux équilibres s’installent.
Souhaitons cependant que les frémissements de liberté ne cessent pas…
et surtout espérons que le retour à la normalité de la rencontre dans le monde réel soit l’occasion d’une remise à l’honneur du respect mutuel, de la déontologie journalistique et du refus de la langue de bois !!!


Avant/après

Je ne peux terminer cet article sans m’attarder un peu sur le cas particulier de Jean-Jacques Bourdin.
Ces captures d’écran avant/après démontrent visuellement comment la mise en scène a si souvent influé sur le fond.
Le décor unique et très étudié, qui a vu Bourdin interroger « virilement » tant d’invités, face à eux à moins d’un mètre, yeux dans les yeux, ce décor qu’il conserve en ces temps d’interview confiné, il s’y retrouve tout seul, déséquilibré et semblant perdu.
Si vous avez le temps, écoutez les interviews récentes…
Peut être des conclusions sont à tirer pour l’organisation du quatrième pouvoir dans le monde d’après …

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