Devoir d’été : « La fabrique des derniers hommes » de Aurélien Berlan

Berlan

La fabrique des derniers hommes.
Retour sur le présent avec Tönnies, 
Simmel et Weber.
Aurélien Berlan
,
La Découverte, 2012, 343 p., 24,50  €

Devoirs d’été : on impose encore à nos enfants des devoirs d’été, pour qu’ils soient fin prêts pour la rentrée scolaire (gros rayon dans les supermarchés : les cahiers de devoirs d’été!!)

Je nous propose pour nous, citoyens adultes, des devoirs d’été sous la forme de la lecture de ce livre, tiré par l’auteur de sa thèse de doctorat de philosophie.
Je n’ai aucun doute que nos neurones seront agréablement chatouillés et que nous serons fin prêts pour la rentrée politique et sociale !!

Interrogation écrite le 15 septembre …..

La présentation du livre dans la revue « Sciences Humaines » en Nov 2012

L’objectif premier de ce livre de philosophie sociale est de convoquer les fondateurs de la sociologie allemande pour nous aider à penser notre présent.
En s’inscrivant dans le programme de recherche
de l’école de Francfort, l’auteur montre que, déjà, Ferdinand Tönnies, Georg Simmel et Max Weber avaient perçu la montée de puissances nouvelles qui allaient bousculer notre modernité. F. Tönnies, le premier, s’est fait le théoricien d’un grand basculement qui a conduit de la communauté vers la société. La bascule a provoqué ce faisant la dissolution de formes de vie ancestrales au profit de liens sociaux plus lâches et plus incertains. G. Simmel a analysé pour sa part les drames d’une culture moderne vampirisée par des formes sociales (l’argent au premier chef) qui contrôlent et contraignent les hommes, ceux-là même qui ont pourtant contribué à leur avènement. De M. Weber,
Aurélien Berlan retient enfin la fameuse thèse du désenchantement du monde, expression d’un poids toujours croissant d’une rationalité instrumentale qui a fabriqué les « derniers hommes »
de la civilisation occidentale. Chacun à leur manière,
les trois sociologues ont tôt diagnostiqué les pathologies majeures – marchandisation générale, effritement du lien social, emprise bureaucratique – dont notre époque fait désormais les frais. Un regard plutôt sombre, on l’aura compris, sur nos sociétés modernes.

L’émission de Ruth Stegassy « Terre à Terre » en mars 2014 avec Aurélien Berlan sur France Culture

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4819502

Présentation de l’éditeur :

Curieuse époque que la nôtre, où le « progrès » — la transformation des conditions de vie liée aux applications sociales de la science — n’a jamais été aussi rapide, mais où seuls quelques idéologues croient encore que nos enfants auront une vie meilleure. Car les crises économiques, sociales et écologiques s’accumulent sans fin. Ce paradoxe s’éclaire si l’on revient à l’aube de notre temps, à l’époque où le capitalisme industriel, l’État bureaucratique et la science organisée se sont brutalement mis en place, et aux diagnostics historiques de ceux qui ont cherché à en saisir les implications pour la vie humaine.

Max Weber, Georg Simmel et Ferdinand Tönnies ont identifié avec une lucidité implacable les pathologies constitutives de notre époque : la marchandisation générale, l’érosion du lien social, la perte de sens et de liberté liés à l’emprise des organisations bureaucratiques. Tout l’intérêt de leur sociologie est d’analyser ces évolutions en se demandant, concrètement, quel monde elles créent et quels types d’être humain elles engendrent. Ce faisant, ils mettent en évidence des aspects de la modernité capitaliste en général négligés, car trop intimement liés à ce qu’elle a fait de nous.

Grâce à ce détour, on pourra se défaire des illusions véhiculées par ceux qui continuent de prôner, malgré tout, les vertus de la croissance et du développement industriel, ou qui annoncent que nous serions enfin sur le point d’accéder à la « société postindustrielle ». Telle est la condition pour être à la hauteur des tâches qui incombent aujourd’hui à celles et à ceux qui n’ont pas renoncé à l’idée d’émancipation.


L’auteur :

Aurélien Berlan est agrégé de philosophie. Cet essai est issu de sa thèse de doctorat, dirigée par Axel Honneth et Catherine Colliot-Thélène, pour laquelle il a reçu le prix francfortois de la thèse de philosophie en 2009.


Table des matières :

-  Liste des abréviations
-  Introduction
-  Chapitre 1. Qu’est-ce qu’un diagnostic historique ?

  • Déchiffrer le présent
    • Le point de vue de la totalité
    • La signature de l’époque
    • Les puissances à l’oeuvre
    • Le monde comme il ne va pas
    • La fabrique de l’humain
  • Déciller la science
    • Indiscipline théorique
    • Le monde de demain
    • Politiser la pensée
    • Savoir juger
    • La lucidité contre la vérité
  • Brève généalogie du diagnostic historique
    • Le progrès et sa dialectique : les Lumières
    • Sortir de l’idéalisme : Marx
    • Se libérer de la religion du progrès : Nietzsche
    • Rationalisation et réification : la « sociologie allemande »

-  Chapitre 2. La dissolution des formes de vie communautaires : Ferdinand Tönnies

  • Le cadre théorique de Tönnies
  • La société marchande contre les communautés de vie
    • La question sociale, spécificité de la société moderne
    • Le communisme comme forme de vie originelle
    • Paris – New York – Tokyo : la société comme métropole capitaliste mondiale
  • Une mutation anthropologique : le triomphe de l’abstraction dans l’homme
    • La rationalisation comme réalisation des abstractions théoriques
    • De la spontanéité affective au calcul rationnel : genèse de « l’homme abstrait »
  • La signification du diagnostic de Tönnies
    • Une théorie autorisant différentes interprétations
    • Une éthique communiste contre la société marchande
  • Les voies du renouveau communautaire

-  Chapitre 3. L’empire de l’argent : Georg Simmel

  • Le style phénoménologique de Simmel
  • La sociologie de la réification : la liberté négative des Modernes
  • Anthropologie du nihilisme : le cérébral, le punk, le blasé et le cynique
  • Métaphysique de l’aliénation : l’humanité écrasée par le poids de la civilisation
  • Mode et modernité
  • De l’individualisme indécis au décisionnisme militariste

-  Chapitre 4. La « cage d’acier » du capitalisme industriel : Max Weber

  • Le sens historique de Weber
  • Capitalisme et ascétisme
    • Le système et son « esprit » : l’éthique du travail professionnel
    • Généalogie du travail mortifère
    • Le professionnel sans esprit et le jouisseur sans coeur
  • La bureaucratisation du monde
    • L’irrésistible marche en avant des formes bureaucratiques de domination
    • L’homme-rouage : le carriériste servile et le citoyen passif
    • Séparation des bureaucraties et démocratie plébiscitaire
  • La rationalisation de la vie
    • Rationalisation et réification : le règne des organisations
    • Le désenchantement du monde
    • Le polythéisme des valeurs
  • Les déchirements intérieurs d’un prophète de malheur prêchant la résignation

-  Conclusion.


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